dimanche, 08 novembre 2009
Harald Jeger, l'homme qui a ouvert le Mur le 9 novembre 1989
Une brève tempête de neige vient de balayer le Brandebourg. Puis un froid glacial s’est abattu sur la nuit. Harald Jäger attend sans bouger dans un abribus à la sortie d’une forêt, dans le noir, sans la moindre tentative de se réchauffer. Avant de s’engouffrer dans notre voiture. « Vous n’êtes pas congelé ? », s’enquiert-on. «J’ai l’habitude, ça va », marmonne l’ancien officier de la Stasi, la police secrète d’ex-RDA, qui a fait le planton pendant 25 ans et par tous les temps au point de passage de la Bornholmerstrasse entre Berlin Est et l’Ouest. Avant de décider de désobéir aux ordres en devenant le premier à ordonner l’ouverture de la barrière le 9 novembre 1989.
Ce mercredi soir, à cinq jours du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, nous l’accompagnons à une lecture du livre racontant son histoire « Der Mann der die Mauer öffnete » (l’Homme qui a ouvert le mur) écrit par le journaliste allemand, Gerhard Haase-Hindenberg. Nous sommes dans une petite ville d’ex-RDA. Le public, qui a vécu sous le joug de cette dictature pendant quarante ans, est d’autant plus intrigué par cet officier, qui a osé désobéir aux ordres (lire le récit de la soirée dans Le Figaro de ce samedi). « C’était à la fois la pire et la plus belle soirée de ma vie , confie Jäger. Le pire, parce que j’ai compris que c’était la fin du monde tel que je l’avais connu. Le plus beau, parce que les gens ont partagé leur joie avec nous. Ils nous ont embrassé. Ils nous faisaient des cadeaux et nous offraient du sekt » (le mousseux allemand).
Harald Jäger attendra le 16 janvier avant d’aller faire un tour à l’Ouest. L’envie d’y aller ne lui manquait pas. Mais les ordres le lui interdisait. Il avait déjà désobéi le 9 novembre et ça lui suffisait. Le 16 janvier après son service, Jäger retire son uniforme et traverse la Bösebrucke, le pont qui relie le point de passage de la Bornholmerstrasse à Berlin Ouest. « J’ai commencé par aller chercher mes 100 Deutschemarks de pécule de bienvenue offert par la RFA, se souvient-il. Puis je me suis offert une saucisse. Le goût n’était pas tellement différent de celles qu’on avait l’habitude de manger en RDA. Ensuite je suis allé boire une bière dans un bistrot avant de rentrer chez moi ». Sous le choc pendant des mois, alors que son monde continuait de disparaître sous ses yeux, l’officier de la Stasi ne retournera à Berlin Ouest que fin mars. Il découvrira alors le KaDeWe, le temple de la consommation à l’Ouest. Il comprend qu’une vie de frustrations l’attend, son maigre salaire ne lui permettant pas d’accéder à la consommation. Aujourd’hui retraité, il touche une pension de 800 Euros par mois. Et habite un petit cabanon jouxtant le jardinet qui lui avait été attribué par le régime communiste.
Mais il affirme ne pas cultiver le moindre sentiment de nostalgie pour la RDA. «Après la chute du mur, j'ai ressenti un immense vide, dit-il. Et cela pendant des années. J'étais un communiste convaincu. Mais le régime avait mal tourné et je ne regrette rien. Quand on a connu le système de la RDA de l'intérieur aussi bien que moi on souhaite une seule chose lorsqu'il a enfin disparu: ne plus jamais le voir ressurgir. Les champs de mines, les mitrailleuses automatiques installées à la frontière… C’était terrible. Ma femme me fatigue. Elle n’arrête pas de se plaindre, de dire qu’à l’époque communiste on avait des avantages sociaux et que tout le monde avait un emploi. Ça me fiche en rogne. Officiellement, il n’y avait pas de chômage mais en réalité le régime payait un tas de personnes à ne rien faire, ou pour faire un travail inutile comme le mien. Moi et m’a femme nous n’apportions rien à la société. Nous lui coûtions de l’argent ».
Pur produit de la Stasi, élevé dans une famille communiste, Jäger a obéi aveuglément aux ordres pendant près de trente ans. Sans se poser la moindre question. « Nous étions conditionné. Avec du recul, ça paraît incroyable », reconnaît-il. En mai 1989, lorsque les élections municipales sont truquées, il n’y voit que du feu. Et les premières manifestations du lundi à Leipzig le laissent indifférent. Il ne doute toujours pas. « Quand les gens réclamaient la liberté de voyager, je pensais qu’ils voulaient juste passer à l’Ouest pour s’enrichir dans le système capitaliste et je trouvais leur attitude choquante », se rappelle-t-il.
Tout bascule fin septembre. Lorsque les trains ramenant en RFA des Allemands de l’Est ayant tenté de fuir la RDA par l’ambassade ouest-allemande de Prague en traversant le territoire est-allemand, Jäger est hors de lui. « Moi, j’étais chargé de garder la frontière et tout d’un coup le régime avait accepté de laisser ces gens partir, dit-il. J’ai réalisé que nous cherchions à coller toutes sortes de crimes sur le dos des gens qui tentaient de s’évader, pour pouvoir les jeter en prison. Tout cela dans l’unique but de monnayer leur rachat par la RFA. Le régime était corrompu, dans un état de faillite morale et financière avancé. Ceux qui étaient à la Stasi le savaient mieux que tout le monde. Il suffisait d’ouvrir les yeux ».
A partir du mois d’octobre, lorsque des centaines de milliers d’Allemands de l’Est descendent dans les rues pour réclamer la liberté de voyager, Jäger prend conscience qu’ils ont de vrais motivations politiques. « J’ai compris que les gens étaient brimés, qu’ils voulaient la liberté à tout prix. Erich Honecker (patron de la RDA à l’époque) disait qu’il ne verserait pas une seule larme pour tous ces jeunes qui voulaient s’enfuir, parce qu’ils étaient corrompus. Moi, j’étais triste. Je voyais ceux qui devaient assurer l’avenir de notre pays chercher à fuir par tous les moyens. J’avais peur que nous recevions des ordres de tirer sur la foule. Je craignais que tout dégénère, qu’il y ait une guerre civile ».
Le 9 novembre 1989 au soir lorsque les masses se pressent devant le point de passage qu’il commande, Jäger tient jusqu’au dernier moment. Puis se sentant abandonné par sa hiérarchie, il ouvre la barrière de la Bornholmerstrasse. « Je savais que si j’attendais cinq minutes de plus, il y aurait un bain de sang, assure Jäger. Tous les doutes que j’avais refoulés me sont revenus en pleine figure et j’ai tout lâché ». Dans l’assistance, une dame âgée s’avance vers lui à la fin de sa lecture. « Mes trois enfants étaient à la Bornholmerstrasse ce soir là, lui dit elle émue. Je dois vous remercier en dépit de toutes les saloperies que la Stasi nous a fait vivre, parce que vous avez agi humainement ce soir là. Vous êtes un héros ». Jäger s’insurge : « non madame. Les héros ce sont les milliers de gens qui ont eu le courage de se battre pour notre liberté. Ils ne savaient pas si nous allions leur tirer dessus ou les jeter en prison. C’est eux qu’il faut remercier ».
Contrairement à la plupart de ses compatriotes, Harald Jäger n’avait jamais rêvé de voyager à l’Ouest. Eux avaient le droit de voyager librement une fois l’âge de la retraite atteint. Pas lui. En tant qu’ancien de la Stasi, il n’y aurait jamais eu droit. En vingt ans, il a quitté l’Allemagne deux fois : pour aller au Danemark, puis à la pêche en Norvège. Faute de moyens, il ne rêve pas de folles échappées. Ce qui ne l’empêche pas de profiter de chaque instant. « Je voudrais avoir vingt ans de moins, pour avoir la vitalité de tout recommencer, dit-il. Mais je me réjouis pour mes deux filles et mon fils qui habitent à Prenzlauer Berg (le fief du mouvement démocratique à Berlin Est). Le régime communiste avait laissé à l’abandon ce quartier. Tout a été rénové. C’est devenu superbe. La réunification a ressuscité notre pays. Dieu seul sait dans quel abominable état de délabrement nous aurions été plongés si l’ancien système n’avait pas disparu ». Le Figaro
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Le jour où Angela Merkel a franchi le Mur
La première chancelière venue de l'Est raconte la dernière journée de la RDA.
Le 9 novembre 1989 au soir, Angela Merkel n'est pas de celles qui forceront l'ouverture des barrières pour gagner la liberté. Comme elle l'a expliqué, jeudi, à un petit groupe de journalistes étrangers, la physicienne prudente, qui deviendra seize ans plus tard la première chancelière issue d'ex-RDA, n'a pas encore l'étoffe des meneurs. Mais elle ne tardera pas à s'engouffrer par la brèche ouverte dans le mur de Berlin avec des milliers d'anonymes, ivres de joie, par le point de passage de la Bornholmerstrasse, le premier à avoir cédé à la liesse populaire.
Il est 16 h 30, lorsque la chercheuse en physique quantique, âgée de 35 ans, rentre de son travail à l'académie des sciences de Berlin-Est. Dès qu'elle arrive dans son appartement de Prenzlauer Berg, l'un des fiefs des artistes et des militants du mouvement démocratique, Angela Merkel allume la télévision. «Nous vivions des journées exaltantes, raconte-t-elle. J'ai assisté en direct à la conférence de presse de Günther Schabowski.» Le porte-parole du comité central du SED, le parti unique de la RDA communiste, annonce l'ouverture des frontières avec «effet immédiat».
La chancelière avoue que sur le moment elle est comme des centaines de milliers de ses concitoyens : «Je ne savais pas trop ce que ça voulait dire.» «J'ai tout de suite téléphoné à ma mère, poursuit Merkel. Nous nous étions toujours promis d'aller prendre un repas au Kempinsky (une célèbre brasserie de Berlin-Ouest) le jour où les frontières s'ouvriraient». Mais Angela Merkel ne renonce pas pour autant à son rituel du jeudi. Elle se rend dans un sauna avec une amie, avant d'aller boire une bière dans un bistrot.
En rentrant à pied chez elle vers 23 h 30, Merkel fait un crochet par le check point de la Bornholmerstrasse. «Je suis tombée dans une gigantesque file, une marée humaine», explique-t-elle, installée dans la salle du Conseil des ministres de la chancellerie, qui offre une vue imprenable sur le Reichstag, la porte de Brandebourg, Berlin réunifié. En quelques minutes, Merkel se retrouve de l'autre côté du Bösebrücke, le pont qui mène vers Berlin-Ouest. «J'avais sympathisé avec une dizaine de personnes. Nous sommes allés à Moabit (un quartier de l'Ouest) où des gens nous ont offert des bières. Puis je suis rentrée en me disant que le Mur serait encore ouvert le lendemain.»
Merkel ne reverra jamais ses acolytes avec lesquels elle est passée à l'Ouest la première fois. Elle y retournera dès le lendemain avec sa sœur, pour découvrir le KaDeWe, le temple de la consommation ouest-allemand, qui faisait tant rêver les Ossies, les Allemands de l'Est. Puis fascinée, elle y retournera tous les jours. «Je n'étais pas une activiste antirégime, concède la chancelière, fille d'un pasteur. Mais depuis l'enfance j'avais une vision très critique du système». Née à Hambourg, en RFA, elle n'ose pas encore croire à la réunification.
Un immense bonheur
Vingt ans plus tard, de nombreux Ossies sont encore nostalgiques. Et le débat sur la RDA reste d'actualité : faut-il condamner en bloc l'Allemagne communiste en tant que dictature ? «La RDA était un État de non-droit, qui n'avait aucun fondement légal, juge Merkel. Il n'y avait pas de liberté d'opinion, pas d'élections libres. C'était la dictature du prolétariat. Pourtant tout n'était pas noir ou blanc.J'ai été heureuse. Et je ne veux pas jeter ces trente-cinq ans aux oubliettes.»
La chancelière estime que la réunification a été une «très grande chance» et «un immense bonheur», «même si tout n'est pas idéal». «En RDA, nous avons connu le poids du nazisme, puis le communisme, explique Merkel. On ne peut pas faire disparaître ça d'un coup. Pour beaucoup de gens, il n'était pas possible de réapprendre autre chose en une nuit. Une génération entière a sacrifié son avenir. Le monde s'est ouvert et les gens de l'Est ne savaient pas ce qu'était le parmesan, alors qu'en Occident on savait tout de l'Italie. C'était une sensation étrange. Ces gens ne sont pas contre la réunification. Mais ils gardent un sentiment de tristesse».
La chancelière estime que sa jeunesse en RDA a fortement influencé sa façon de gouverner. Son style en est imprégné. «J'ai été choquée, lorsque Otto Schilly (un baron du SPD) s'est moqué en disant que nous venions tous à l'Ouest pour chercher des bananes. On trouve encore cette arrogance à l'Ouest aujourd'hui. Lorsque j'ai essuyé des échecs, j'ai souvent pensé que c'était parce que je venais de l'Est. Mais je n'ai jamais voulu me complaire dans ce sentiment.» L'enfance en RDA serait aussi à l'origine de sa légendaire discrétion : «On recevait des paquets de l'Ouest. Mais en RDA, il n'existait que cinq sortes de gants. Si vous en aviez d'autres, on savait d'où ils venaient. Vous vous faisiez tout de suite remarquer et c'était mauvais.» Le Figaro
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A Berlin Rostropovitch a joué pour l'histoire
À l'annonce de la chute du Mur, le célèbre violoncelliste est aussitôt parti pour l'Allemagne, improvisant sur place un concert. Sa fille raconte.
La photo a fait le tour du monde. Pour une fois, elle n'était pas posée, encore moins préparée. Le 9 novembre 1989, Mstislav Rostropovitch, dit Slava, violoncelliste de génie, musicien universel, citoyen du monde, était bien tranquille dans son appartement de l'avenue Georges-Mandel, dans le XVIe arrondissement de Paris. Lorsqu'il entendit à la radio qu'il se passait quelque chose du côté du mur de Berlin, son sang ne fit qu'un tour. Il avait toujours agi ainsi, tant dans sa carrière musicale - il est décédé en 2007 - que dans sa vie personnelle et son parcours politique : en toute spontanéité, impulsif, sans prévoir. Au petit matin du 11, il appelle son vieil ami le capitaine d'industrie Antoine Riboud, président de Danone, qui avait tant soutenu les initiatives du violoncelliste, notamment au Festival d'Évian qu'ils avaient créé : qu'il fasse, lui dit-il, préparer son avion privé. Riboud lui signale qu'il a tout de même besoin de connaître la destination, ne serait-ce que pour demander l'autorisation d'atterrir. Slava lui répond : «Nous partons pour Berlin.» Et voici deux hommes et un violoncelle envolés pour ce qui n'était pas encore redevenu la capitale allemande. Une fois arrivés, ils montent dans un taxi, mais pour aller où ? Le mur de Berlin est très étendu ! Ils optent pour Check Point Charlie, le point de passage symbolique de l'Est à l'Ouest. Rostropovitch et Riboud descendent de voiture, le musicien sort son violoncelle de l'étui et se rend compte qu'il a oublié un détail : il n'a pas de chaise. Riboud ne se laisse pas perturber par si peu : il entre dans une guérite de gardiens et emprunte le siège de l'un d'eux, récalcitrant au début, puis dubitatif, et enfin résigné. Rostro s'assoit devant le Mur et se met à jouer Bach, que cet homme profondément spirituel avait toujours associé à Dieu.
Ce geste fut très mal compris. On parla de coup de pub, d'exploitation de l'actualité à des fins de communication. C'était mal connaître Slava. Selon sa fille Elena, ce jour-là, il ne joua pas pour le monde, mais pour soi : «C'était son testament personnel, c'était comme si c'était sa propre fête : il avait été obligé de vivre constamment tiraillé entre deux patries, l'URSS et le reste du monde, et le Mur symbolisait à lui seul cette séparation entre deux univers. Il n'avait jamais pensé le voir tomber.» Lui-même se plaisait à répéter que c'était comme si le mur de Berlin séparait «les deux parties de son cerveau». Lorsqu'il commença à jouer, il n'y avait presque personne. Puis les voisins et les passants formèrent un attroupement, photographes amateurs et journalistes se joignant à eux, sans toujours savoir qui ils photographiaient.
Il fut toujours un rebelle
Le musicien, né en 1927, avait été rattrapé par la politique bien des années auparavant. Pur produit de l'éducation musicale soviétique d'excellence, il avait commencé le piano à 4 ans et donné son premier concert public à 8 ; commencé le violoncelle à 10 ans et donné son premier concert à 13. Entré au Conservatoire de Moscou à 17 ans, il passa directement de deuxième en cinquième année. Ami de Prokofiev et Chostakovitch, dont il créa les œuvres qu'ils écrivirent pour lui (il avait 22 ans lorsque Prokofiev lui dédia sa Symphonie concertante), il fut toujours un rebelle. Comme le rapporte Claude Samuel, fondateur du Concours Rostropovitch dont la finale a lieu cet après-midi Salle Pleyel, il ne se coula jamais dans le moule. Ainsi, en 1970, la ministre de la Culture d'URSS réunit les présidents de jury du Concours Tchaïkovski pour leur donner ses instructions : il fallait impérativement qu'un candidat russe l'emporte. «Pourquoi ?», demande Rostropovitch. «Mais parce que c'est le centenaire de Lénine, voyons !», répond la ministre. «Alors pourquoi ne pas décaler le concours d'un an ?», répondit Slava avec un sourire impertinent. Il était coutumier du fait : alors que le Concours Rostropovitch a lieu tous les quatre ans, il demanda à Claude Samuel d'avancer celui de 1998 à 1997 pour qu'il coïncide avec son soixante-dixième anniversaire. Ce qui fut fait. «Comment lui dire non ?», dit Samuel.
Les choses se gâtèrent au début des années 1970, lorsque Rostropovitch prit publiquement la défense de Soljenitsyne. Passé à l'Ouest pour des «vacances» (il refusera toujours de parler d'exil), il apprit par la télévision qu'il était déchu de la nationalité soviétique en 1978. Pratiquant, outre le violoncelle et le piano, la direction d'orchestre depuis des années, il prit alors la direction de l'Orchestre symphonique national de Washington. Et c'est avec son orchestre américain qu'il retourna à Moscou en 1990, année de sa réhabilitation par Gorbatchev. Demeuré apatride, il refusa la nationalité russe que l'on proposait de lui restituer, puis prit parti pour Poutine, s'impliquant à nouveau dans la vie musicale russe. Il était bien retourné une fois en Union soviétique après sa déchéance. Grâce à un visa obtenu par le sénateur Ted Kennedy auprès de Leonid Brejnev, mais il avait alors été hébergé à l'ambassade des États-Unis, autre pied de nez savoureux de cet homme épris de symboles. Un homme d'une énergie vitale ravageuse. Sa fille Elena, qui l'accompagna souvent en tournée, concède volontiers qu'au bout de quinze jours, c'est elle qui était épuisée tant il enchaînait concerts, voyages et fêtes bien arrosées sans dormir. Un idéaliste aux idées politiques parfois simplistes, mais à la conscience aiguë du caractère sacré de l'art : ces «Suites pour violoncelle de Bach» qu'il joua devant le Mur, il attendit d'avoir 65 ans pour les enregistrer, comme s'il était intimidé par ce monument où la musique tutoie le divin. Il demanda à Claude Samuel, alors directeur de la musique de Radio France, de lui fournir des ingénieurs du son «maison» pour réaliser un enregistrement privé à la basilique de Vézelay : il tenait à les rémunérer lui-même, afin d'être seul dépositaire des bandes et de pouvoir les détruire s'il n'en était pas satisfait. Le Figaro
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Sur Facebook Sarkozy raconte son 9 novembre 1989
Le chef de l'Etat a utilisé dimanche le site de socialisation pour partager ses souvenirs de la chute du Mur. Ce jour-là, celui qui était alors secrétaire général adjoint du RPR se trouvait à Berlin aux côtés d'Alain Juppé et François Fillon.
A la veille du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, Nicolas Sarkozy s'est offert dimanche une nouvelle sortie sur le site de socialisation Facebook. Après y avoir dit dernièrement sa «fierté» à l'égard de son fils Jean, invité les internautes à «découvrir le nouveau site Internet de Carla» ou partagé ses lectures - «Pierre et Jean» de Maupassant et «Le Lièvre de Patagonie» de Lanzmann -, le chef de l'Etat raconte cette fois comment, le 9 novembre 1989, il s'est retrouvé à Berlin, y allant lui aussi de ses «coups de pioche», photo à l'appui.
«Le 9 novembre au matin, nous nous intéressons aux informations qui arrivent de Berlin, et semblent annoncer du changement dans la capitale divisée de l'Allemagne. Nous décidons de quitter Paris avec Alain Juppé pour participer à l'événement qui se profile», se souvient celui qui, à 34 ans, était alors secrétaire général adjoint du RPR.
«Arrivés à Berlin ouest, nous filons vers la porte de Brandebourg où une foule enthousiaste s'est déjà amassée à l'annonce de l'ouverture probable du mur», poursuit-il. «Là, par le plus grand des hasards, nous croisons un jeune élu français que nous connaissions, à l'époque spécialiste des questions de défense : François Fillon», raconte le chef de l'Etat à propos de celui qui deviendra 18 ans plus tard son premier ministre.
«Le début d'une période de grande liberté en Europe»
«Nous filons ensuite vers Checkpoint Charlie pour passer du côté est de la ville, et enfin confronter ce mur dans lequel nous avons pu donner quelques coups de pioche, se souvient Nicolas Sarkozy. Autour de nous, des familles se rassemblaient pour abattre le béton. Certaines venaient nous parler pour nous expliquer leurs sentiments, leurs ambitions nouvelles, et partager leurs émotions après des décennies de séparation. La nuit s'est poursuivie dans l'enthousiasme général.»
«Les retrouvailles du peuple allemand sonnaient la fin de la guerre froide et le début d'une période de grande liberté en Europe», affirme-t-il encore, avant de conclure : «C'est cette liberté que nous défendons toujours avec l'Europe, et que nous fêtons 20 ans après». Le Figaro
18:13 Publié dans Presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 07 novembre 2009
Le G20 divisé sur le climat et la régulation financière
Les ministres des Finances du G20, réunis samedi en Ecosse, ne sont pas parvenus à un accord sur la délicate question du financement de la lutte contre le changement climatique, et sur la mise en œuvre d'une taxe sur la finance.
La Grande-Bretagne, hôte de la réunion des grands argentiers du G20, avait solennellement plaidé pour une attaque frontale du problème du changement climatique et pour une approche novatrice de la régulation financière. Le premier ministre britannique Gordon Brown est même venu en personne à Saint Andrews (Ecosse) pour appeler le G20 à envisager une taxe sur les transactions financières, une mesure parmi d'autres destinées à ramener la stabilité dans la planète finances. En vain. Samedi, le G20-Finances s'est montré divisé sur ces questions.
Les participants n'ont guère partagé l'enthousiasme de Brown. Le sujet ne figure pas dans la déclaration finale du G20. Pire, il n'a, selon le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, même pas été abordé lors de la réunion. Le secrétaire américain au Trésor, Tim Geithner, interrogé sur la question par la télévision britannique SkyNews, l'a tout simplement écarté, soulignant que cette taxe n'était nullement à l'ordre du jour.
Climat : pas d'engagement chiffré
Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) qui doit réfléchir sur de telles mesures d'ici au mois d'avril, a souligné avec insistance que la mesure envisagée, qu'il appelle pour l'instant «taxe FMI», ne porterait pas sur les transactions financières. Il s'agirait plus d'une sorte d'assurance, à laquelle les banques qui prennent le plus de risques contribueraient davantage. La ministre des Finances française Christine Lagarde a considéré pour sa part que le projet à l'étude était «une très bonne chose», observant toutefois que «certaines idées doivent faire leur chemin».
Le gouvernement britannique a également dû en rabattre sur ses ambitions concernant le climat. Les ministres se sont contentés d'évoquer la nécessité d'un accord «ambitieux» lors du sommet de Copenhague en décembre, ainsi que de moyens financiers substantiels pour y parvenir. Mais en dépit des pressions britanniques, aucun engagement chiffré n'a été tranché. Le Figaro
21:17 Publié dans Presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Tabac: hausse des prix effective lundi
Il risque d'y avoir du monde ce week-end dans les bureaux de tabac. L'arrêté ministériel fixant les nouveaux tarifs du tabac, qui augmenteront comme prévu de 6% lundi, a été publié aujourd'hui au Journal Officiel.
Cette hausse de prix, qui représente environ 30 centimes par paquet, avait été votée le 30 octobre par l'Assemblée Nationale. Les cigarettes les plus vendues (Marlboro) coûteront 5,60 euros par paquet.
Elle avait été contestée jusqu'au sein de la majorité UMP, tandis que les associations de lutte contre le tabagisme, ainsi que la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, souhaitaient plutôt 10%. Le président Nicolas Sarkozy avait défendu début novembre l'ampleur de cette augmentation, estimant qu'"en période d'inflation nulle, c'est une forte progression". Le Figaro
21:14 Publié dans Presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Les familles des victimes du vol AF 447 réunies à Rio
Plusieurs centaines de personnes se sont réunies samedi lors d'une cérémonie organisée en mémoire des 228 victimes du vol Rio-Paris du 1er juin. Certaines familles brésiliennes portaient des brassards pour dénoncer un «manque de transparence» de l'enquête française.
Cinq mois après le terrible crash inexpliqué du vol AF 447 au-dessus de l'Atlantique, les familles cherchent à faire leur deuil. Samedi, plusieurs centaines de proches des 228 victimes du Rio-Paris du 1er juin ont assisté à une cérémonie du souvenir sobre et émouvante. Cet hommage, auquel ont aussi participé des responsables français et brésiliens et les dirigeants d'Air France, s'est voulu discret, à l'écart de la presse, à la demande des familles. Mais il a aussi été l'occasion pour des familles brésiliennes de manifester leur mécontentement face au «manque de transparence», d'après elles, de l'enquête française.
«Cela a été une cérémonie imposante de dignité et de ferveur pour permettre aux familles de faire leur deuil», a déclaré à la presse le secrétaire d'Etat français à la Coopération Alain Joyandet, à l'issue de l'hommage. «Les familles ont été heureuses d'avoir pu mettre en commun cette douleur terrible», a-t-il ajouté, annonçant «qu'un mémorial érigé en France serait inauguré à la date anniversaire de l'accident», le 1er juin prochain.
La cérémonie s'est déroulée au belvédère Mirante do Leblon qui domine la mer, dans un quartier résidentiel du sud de Rio, en présence de quelque 500 proches des disparus et de plus d'une centaine de membres du personnel d'Air France. Une stèle a été dévoilée, constituée d'un panneau en cristal de plusieurs mètres, sur lequel ont été gravées 228 hirondelles - symbolisant les 228 victimes - qui paraissent s'envoler au-dessus de l'océan. La cérémonie a été simple : un acte œcuménique, une lecture de textes sacrés, des hommages lus par cinq familles, des musiques, une chanson écrite par l'épouse d'une victime. Et un moment très émouvant, selon un participant, quand les noms des 228 victimes ont été égrenés. Dans l'après-midi, les familles devaient embarquer à bord de bateaux et jeter des fleurs dans la baie de Rio.
Une nouvelle campagne de recherches en février
Un porte-parole de l'association brésilienne des victimes, Maarten Van Sluys, a rapporté qu'une soixantaine de proches de Brésiliens portaient un brassard noir «pour manifester silencieusement contre le manque de transparence de l'enquête des autorités françaises». Cette association, qui dit représenter trente-huit des cinquante-huit familles des victimes brésiliennes, a publié une lettre ouverte pour réclamer plus d'informations sur l'enquête, ainsi que le versement d'indemnités supérieures aux 17.000 euros déjà versés par les assurances. A la fin de la cérémonie, Maarten Van Sluys a remis cette lettre au ministre français. «Tout le monde veut la vérité, le gouvernement français veut la vérité, le gouvernement brésilien et les familles aussi qui veulent continuer à faire leur deuil», lui a répondu Alain Joyandet, ajoutant qu'une nouvelle campagne de recherches aurait lieu en février. Le Figaro
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Les Français se marient à plus de 30 ans
En 2008, le nombre d'unions a encore diminué, selon les chiffres publiés vendredi par l'Insee.
Les jeunes ne se marient plus ! À 20 ans, ceux qui s'aiment vivent parfois ensemble. Mais d'alliance officielle, point. Désormais, il faut avoir passé 30 ans pour songer au mariage. L'âge du premier mariage ne cesse de s'élever : il a gagné un an depuis 2004 ! Les hommes célèbrent en moyenne cette union à 32 ans et 6 mois et les femmes à 30 ans et 5 mois.
Si l'on tient compte des remariages, cet âge moyen augmente pour atteindre 36 ans et 1 mois pour les hommes et 33 ans et 3 mois pour les femmes, selon l'Insee, qui publiait vendredi le bilan nuptial de l'année 2008. Une union sur cinq est aujourd'hui une deuxième tentative. Les hommes divorcés s'unissent à nouveau à 48 ans et 3 mois en moyenne et les femmes à 44 ans et 8 mois.
Concurrence du Pacs
Après le XIXe siècle, où l'on se mariait tard, une fois établi dans la vie, le XXe avait vu s'imposer les noces de jeunes, sésame de la vie en couple. «C'est au début des années 1970 que l'on s'est marié le plus jeune», rappelle France Prioux, directrice de recherches à l'Ined. Depuis, la tendance s'est inversée. «Toute la mise en union est retardée : le premier couple, comme la vie commune. Enfin, le mariage vient confirmer une union établie », détaille Xavier Niel, chef de la démographie à l'Insee. Encore n'est-il qu'une «forme possible du couple. Plus la voie majoritaire», insiste le démographe.
Si certains finissent par convoler lorsque les enfants sont là, d'autres se pacsent, à peu près au même âge. Enfin, beaucoup restent en concubinage. En 2008, le nombre de mariages a encore baissé. Quelque 265 400 unions ont été enregistrées en 2008, soit une baisse de 3 % par rapport à l'année dernière. Un reflux proche du plancher de 1995, année où les maires avaient célébré 261 813 mariages. «Même les divorcés se remarient moins», note France Prioux. La moitié convolait à nouveau dans les années 1980. Seuls 40 % le font maintenant. Enfin, le nombre de couples mixtes, où l'un des époux est de nationalité étrangère, baisse drastiquement. Il ne représente plus que 12,7 % des nouvelles unions enregistrées contre 16,8 % en 2003.
Se marier devient rare. Un acte d'amour, entouré de multiples précautions… qui n'empêchent pas les divorces ! «Autrefois, les notaires disaient : l'idéal est de vivre en concubinage et de mourir mariés. Maintenant l'optique a changé : on se marie après réflexion, on se quitte dès que l'amour cesse», résume France Prioux. En revanche, les pacs ont bondi pour atteindre 140 000 en 2008. Le phénomène de substitution gagne. Si l'on additionne les chiffres du mariage et du pacs, les officialisations augmentent. Le Figaro
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L'Islam radical en France

La vision de ces silhouettes fantomatiques dans les rues dérange, surprend et effraie parfois. En France, le voile intégral est objet de polémiques. Pourtant, ces femmes ne sont que la partie la plus visible et la plus frappante de l'iceberg d'une mouvance appelée salafiste. Nous avons rencontré ces «puristes» de l'islam, pour qui les règles du quotidien ne peuvent se calquer que sur celles du prophète Mahomet. Quitte à faire fi des lois de la République...
Ce reportage est un document. Un témoignage exceptionnel. Pour la première fois, en plein débat sur l'identité française, au moment même où le port du voile divise l'ensemble de la communauté musulmane, des femmes salafistes ont accepté de s'expliquer. De se livrer comme jamais et d'ouvrir leurs portes à des journalistes. Pour aller aussi loin, pour plonger ainsi au cœur de l'islam radical de France et gagner la confiance de ces femmes qui ne sortent que très rarement de chez elles, Nadjet Cherigui et Axelle de Russé ont négocié des semaines. Pas à pas. Puis, elles se sont immergées en profondeur, enquêtant comme personne n'avait réussi à le faire avant elles, en se plongeant dans un monde, semble-t-il, irrationnel, mais totalement codifié. Si certains salafistes ont accepté de jouer le jeu de la transparence, les accueillant chez eux, d'autres, notamment à proximité des mosquées les plus dures, les ont reçues avec des injures et parfois des menaces, leur interdisant même de prendre des photos dans des rues où la liberté de mouvement se restreint lentement. Pour approfondir ce voyage en terre inconnue, Le Figaro Magazine s'est aussi adressé au journaliste et écrivain Mohamed Sifaoui, spécialiste des mouvements intégristes. L'occasion de comprendre la nature réelle du salafisme, ce mouvement en plein essor qui attire à lui chaque année toujours plus de «convertis».

En présence d'hommes étrangers à la famille, ou face à un appareil photo, Fatima porte le voile, même chez elle. Mais ce sont les mêmes gestes du quotidien, ceux d'une mère douce et attentive avec ses enfants.
Tout commence simplement par un rendez- vous à quelques kilomètres de Paris, dans une petite ville de banlieue de l'Essonne. La cité, certes, est populaire, mais proprette. Aucun pitbull ni rottweiller à l'horizon. Ceux qui «tiennent» les halls sont de gentils retraités discutant pétanque bien au chaud. Fatima * nous reçoit chez elle. La jeune femme a fait le choix du minhaj (le chemin) salafi. Elle porte le jilbab (voir encadré p. 53), mais se voile intégralement lorsqu'elle est maquillée ou pour ne pas laisser apparaître son visage en photo. Derrière la porte, point de voile ni d'austérité, mais un accueil chaleureux et le sourire d'une beauté d'ébène au corps de liane. Elégante et féminine, la jeune femme a pris le soin d'accorder la couleur de ses boucles d'oreilles au bleu de son piercing au nez. Fatima, 23 ans, mère d'un bébé de six mois, nous invite gentiment à nous déchausser avant d'entrer. L'intérieur est impeccablement tenu, la décoration, ultraminimaliste. Pas de photo ni de tableau, aucune référence à l'islam si ce n'est quelques livres religieux reliés de dorures et soigneusement rangés dans un meuble du salon. Un épais rideau beige sépare la pièce principale du reste de l'appartement. « Cela nous permet de diviser l'espace lorsque je reçois mes amies. La mixité nous est interdite. Quand mes copines viennent prendre le thé ici, je baisse les rideaux et mon mari s'éclipse toujours dans une autre pièce.»

A 29 ans à peine, déjà mère de quatre enfants, (Sephora, 11 ans, Shaïma 10 ans, Thaouban, 9 ans, Ajar, 7 ans), Kenza a de l'énergie à revendre sous son niqab.
«L'école publique est incompatible avec mes principes religieux»
Fatima, d'origine malienne, est née et a grandi en France dans une famille musulmane de huit enfants. Son cheminement vers plus de religion s'est fait naturellement, explique-t-elle. «Je suis la seule de la famille à avoir fait le choix du voile. J'ai lu le Coran, étudié la vie du Prophète et de ses femmes, qui sont pour moi des modèles à suivre. C'est ainsi qu'elles se couvraient, je fais de même. J'ai trouvé en l'islam les réponses à mes questions, le din (la religion) est simple et les interdictions sont claires. Il n'y a qu'à suivre ce que disent les textes.» Pour le reste, Fatima raconte une vie de jeune femme comme les autres. Elle surfe sur le net, apprécie le shopping et les sorties au resto avec les copines. « Mes amies sont de toutes origines et confessions. On parle de tout et n'importe quoi, même de sexe ! Tant que cela se passe entre filles, il n'y a pas de tabou », précise-t-elle. Convaincue de son choix, Fatima n'émet aucun doute. Sa voie est certaine, c'est celle des salafis et de la sunna (la tradition du Prophète). Elle n'osera exprimer qu'un regret : l'exclusion du monde du travail. Mais aussi une douleur : les regards pesants, les sarcasmes cruels et les insultes blessantes. « Je ne comprends pas un tel déferlement de haine, je ne suis en aucun cas en dehors des lois de la République, se persuadet- elle. Chaque fois que je suis sortie en sitar (voir encadré), j'ai accepté de me dévoiler pour les contrôles. La seule chose qui ne me convienne pas, c'est le modèle de l'école publique. C'est incompatible avec nombre de mes principes religieux. Pour ma fille, j'ai déjà commencé l'école à la maison quelques heures par jour et l'apprentissage des quelques sourates de base. Plus tard, elle ira dans une école privée musulmane. » Dans la République, point de salut !
La règle est claire : on baisse les yeux quand on s'adresse à son mari

Un bruit de serrure. Sur le pas de la porte, Yvon (son époux), accompagné de Bertrand, son frère jumeau, rentrent du travail. Aujourd'hui, Yvon a consenti une entorse à l'interdiction de la mixité afin d'échanger avec nous. Son épouse accepte également, mais rappelle que si la parole est libre, les règles, elles, sont claires : on doit baisser les yeux lorsque l'on s'adresse à son mari.
Rapidement, Yvon, en tenue de boulanger (c'est son métier), se retire pour réapparaître en kamis. Ce grand gaillard athlétique porte le cheveu court, la barbe longue et fournie comme il est de rigueur chez les « salafs ». Les deux frères «Français de souche, avec quelques origines juives», tiennent- ils à préciser se sont tous deux convertis à l'islam il y a huit ans. Une enfance difficile, le chômage, l'alcoolisme des parents, et puis très vite la délinquance. Vulnérables économiquement autant que socialement et psychologiquement, les jumeaux ont trouvé refuge dans les écrits salafs. Si eux s'en défendent, nombre de nouveaux convertis peuvent être la proie de ceux qui cherchent à attirer les plus égarés. «Nous étions des cas sociaux, l'islam nous a sauvés. Aujourd'hui, je ne me dégoûte plus. Si Dieu accueille le repenti et pardonne, je peux aussi me pardonner à moi-même.»
Yvon et Fatima sont mariés depuis quatre ans, après une seule et unique rencontre bien codifiée et surveillée. La moukabala, «un genre de speed dating à la musulmane », confie Fatima en souriant. Dans le milieu, pas question de se fréquenter hors mariage. Ceux qui sont désireux de convoler en justes noces le font savoir à l'entourage. Le réseau s'active et les propositions arrivent. «Il s'agit d'être précis quant aux critères physiques, d'âge, de couleur de peau, etc., explique Fatima. Ensuite on se rencontre, toujours en présence d'un tuteur pour la femme (un père, un oncle, un frère...).»

Visite chez le médecin.
Loin d'être un rendez-vous galant romantique, la moukabala est un moment important. Pas de place au coup de foudre ! La priorité : partager les mêmes valeurs. On parle donc éducation des futurs enfants, vie de couple, pratique de la religion. Chacun prend alors «librement» nous dit-on la décision de poursuivre ou non et peut renouveler l'expérience tant que l'âme soeur n'est pas trouvée. Beaucoup plus au sud, à quelques centaines de kilomètres, dans les rues d'un quartier populaire d'Avignon, Kenza, 29 ans, s'avance entièrement couverte de noir. Son niqab ne laisse apparaître que des yeux que l'on devine rieurs. Babouches aux pieds, la jeune femme marche d'un pas énergique. Drapée de noir, elle surprend par son enthousiasme et sa spontanéité. «Je n'ai aucun problème avec mon niqab dans la rue, s'exclame- t-elle. Moi, j'ai le voile dans la peau !» Kenza presse le pas, elle est attendue chez sa meilleure amie, Marie-France, pour une leçon culinaire autour du couscous. Marie- France est une quinqua coquette, dynamique et enjouée, mais aussi une très fervente catholique. «C'est notre amour de Dieu qui nous a réunies. La seule différence, c'est que je mange du porc contrairement à Kenza. Pour le reste nous avons les mêmes valeurs et la même façon de pratiquer : ils ont le ramadan, nous avons le carême... Quarante jours, en plus ! J'ai un bon coup de fourchette et je peux vous dire que j'en souffre !» s'exclame-t-elle avec l'accent parfumé de la Provence. Dans le salon, Sainte- Thérèse, la Vierge Marie, Jésus, les flacons d'eau bénite et autres crucifix partagent très naturellement l'espace avec le poster d'une bimbo à moitié nue. «Cela ne vous choque pas tout de même... ? se moque Marie-France. Je la trouve belle tout simplement...»
La polémique autour du voile intégral, elle la refuse et défend son amie. «Toutes nos bonnes soeurs portent le voile ! Et n'oublions pas que, jusque dans les années 60, on ne mettait pas un pied dans une église sans se couvrir !» Etrange alliance de ces deux religions que bien des points opposent.
Le temps passe. Kenza doit aller chercher ses enfants à la sortie de l'école. Puis c'est la prière en famille avec Allal, le père, sur le tapis du salon. Sereinement, Allal et Kenza racontent leur choix de vie. « Je n'ai jamais forcé ma femme à porter le voile. C'est en lisant les textes qu'elle a pris seule sa décision.» La jeune femme acquiesce : «D'ailleurs, quand on s'est connus je ne portais rien... ; ah si, une culotte ! lâche-t-elle dans un éclat de rire. En tant que musulmans, nous sommes tous salafs. Notre devoir est de suivre les pratiques du Prophète à la lettre et c'est ce que je fais.» L'heure tourne et les enfants se pressent autour de leur mère pour le jeu du soir. Près d'une heure de questions-réponses autour de l'islam, du Coran et du prophète Mahomet. « Il n'y a pas pire péché que d'obéir par obligation, explique Allal. Il est essentiel pour nous d'éduquer nos enfants à la religion et cela peut être aussi ludique, la preuve !»

Quelques semaines plus tard en banlieue parisienne, à Gennevilliers. Le ton change. C'est jour de fête pour la communauté musulmane. La sublime mosquée tant attendue est enfin inaugurée. Dans la foule, Nadia, 40 ans. Cette mère de quatre enfants ne cache pas son émotion. « Cela fait près de dix ans que l'on attendait une mosquée plutôt que ces salles de prière aussi obscures que douteuses qui sont devenus des nids à salafs. Mes enfants viendront y suivre les cours de Coran donnés par l'association El Nour (La Lumière). Les éduquer, c'est le seul moyen de les protéger de toute manipulation idéologique.» Derrière l'inquiétude de cette mère de famille, il y a la colère d'une femme blessée. Mariée pendant près de quinze ans, Nadia a vu l'homme qu'elle aimait se transformer au point de ne plus le reconnaître. «Mon mari aimait la vie et sa famille jusqu'à ce qu'il commence à fréquenter des groupes de prière suspects et des forums de discussions salafistes. Très vite, il m'a reproché de travailler et d'être en contact avec d'autres hommes à l'extérieur. J'étais devenue sheitan (le diable). Il m'a quittée pour épouser le salafisme.»
Sur ses conseils, nous nous rendons dans l'une de ces mosquées qu'elle qualifie d'obscures. Au rez-de-chaussée, l'accueil des hommes est tout juste poli. L'étage réservé aux femmes est un espace exigu. L'atmosphère âpre, presque irrespirable, n'a rien à envier à l'ambiance. Au fond de la pièce, une femme voilée de noir fait les cent pas, récitant frénétiquement des versets du Coran. Trois jeunes filles, respectivement en niqab, sitar et jilbab (voir encadré) étudient à voix haute des passages du livre saint. Elles expriment des doutes quant à notre identité : «Vous pourriez être envoyées par les renseignements généraux», explique très sérieusement Salima du haut de ses 20 ans. Avec le même sérieux et un sourire glacial, elle dit ses certitudes quant à notre destinée de mécréants ou de catholiques (peu importe). L'issue sera forcément cruelle, douloureuse et inéluctable. «Vous brûlerez en enfer... à moins de vous convertir.» La jeune fille se ferme. L'échange s'arrête net. En sortant, quelques jeunes de la cité voisine nous interpellent, nous provoquent mais se ravisent très vite lorsque l'un d'entre eux lâche : «Laisse-les tranquilles, elles sortent de la mosquée !»

Porter le voile ne signifie pas forcément l'exclusion. Beaucoup de femmes savent composer avec la modernité. Même le McDo est permis tant que l'on n'y consomme pas les viandes (non halal). Derrière cette apparente normalité, la plus grosse difficulté à gérer est de manger ses frites et profiter de son soda avec un niqab devant le visage.
Un petit peu plus loin, aux abords de cette même mosquée, un très jeune couple s'avance. Lui est français et converti. Quant à son épouse, nous ne verrons d'elle que des mains délicates et soigneusement manucurées. Les échanges sont vifs, il n'est pas question «d'avoir à se justifier», «nous ne sommes pas des animaux», «laissez-nous vivre en paix». Bien plus virulente que son mari, la jeune femme n'a de cesse de répéter «excuse-moi, chéri», chaque fois qu'elle hausse le ton (les femmes n'ont pas le droit d'élever la voix). L'homme insiste sur un point : «Je ne tiens à vous dire qu'une chose. Nous sommes dirigés dans ce pays par des gens qui travaillent pour Satan.» Là encore, impossible de poursuivre, ils se sont déjà éloignés. Quand la doctrine est extrême, le dialogue devient impossible. Dans une librairie accolée à la mosquée, Thomas, derrière son comptoir, ne lève les yeux de son Coran que pour répondre à une cliente en quête d'un jilbab à sa taille. «J'ai un gros arrivage en provenance d'Arabie saoudite prévu la semaine prochaine, il y aura plus de choix.» Tenues islamiques et onguents au parfum d'Orient côtoient nombre de livres. Beaucoup de Coran de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Pour le reste, l'essentiel des ouvrages proposés sont signés par les références de la pensée salafiste. Dans les rayons, des jeunes hommes barbus s'installent, plus pour lire qu'acheter. Thomas, le gérant, 26 ans, est né et a grandi dans un presbytère. Elevé dans une famille aux valeurs très catholiques (son frère a fait le séminaire), il a lu la Bible, la Torah, puis le Coran. Aucun doute pour lui : la vérité ne se trouve que dans ce dernier. Un choix et une conversion qu'il a payés le prix fort. Sa famille n'accepte pas et a rompu tout lien avec lui. «Je ne suis pas en colère, mon coeur ne leur sera jamais fermé s'ils veulent m'accepter comme je suis. Mais jamais je ne renoncerai à ma foi.» Thomas s'arrête, fait évacuer le magasin et baisse les rideaux pour quelques minutes. C'est l'heure de la prière.
Après la banlieue, retour à Paris dans une mosquée du XVIIIe arrondissement. Le lieu est un fief ostensiblement salafiste. Notre seule présence et nos questions provoquent une réaction en chaîne. D'abord quelques protestations, des invectives, et très vite viennent les menaces. L'argument ? La rue appartient aux fidèles et la loi, c'est eux. Francine n'est pas musulmane. Habitante du quartier, elle ne cache pas son exaspération et son inquiétude. «Depuis trois ans, tout a basculé ici. L'atmosphère devient très pesante pour les riverains et les passants. Tous les vendredis, la rue est fermée pour permettre aux fidèles de prier jusque sur le trottoir à cause du manque de place à l'intérieur. Je n'ai rien contre l'islam et les croyants, mais là, il s'agit d'autre chose, les comportements sont excessifs. Certains vont même jusqu'à empêcher les femmes de circuler dans la rue parce qu'il y a une mosquée et que l'espace doit être réservé à la seule gent masculine.» Dehors, l'ambiance est électrique. Sortant de la salle de prière, un homme nous interpelle. Complètement exalté, il confirme. «Nous sommes de plus en plus nombreux et bientôt nous vous laverons le cerveau !»

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vendredi, 06 novembre 2009
Le palmarès 2009 des préfectures
C'est désormais une tradition, chaque année, Marc le Fur, vice-président de l'Assemblée nationale, publie son classement des préfectures. Combien de temps pour un permis de conduire, un passeport ou une carte grise? La réponse, département par département.
Pour la troisième année consécutive, le député (UMP) Marc Le Fur distribue bons points et bonnets d'âne aux différentes préfectures de France, à travers son Rapport sur l'administration générale et territoriale de l'Etat.
La méthode est simple: à partir des données fournies par le ministère de l'Intérieur, Marc le Fur mesure les temps d'attente moyens en préfecture pour l'obtention de différents titres, carte d'identité, permis de conduire, permis de construire, de certificats d'immatriculation des véhicules...
Les résultats sont... surprenants. Si, par exemple, vous désirez obtenir une nouvelle carte d'identité, il suffit d'un peu moins de deux jours en Corrèze quand il en faudra vingt dans les Bouches-du-Rhône!
Le territoire de Belfort au top, le Gard fait un flop
Le député des Côtes-d'Armor relève que le Territoire de Belfort, la Lozère et la Nièvre composent le podium des départements où les files d'attente sont les moins démoralisantes. A l'autre bout du classement, le Gard, les Bouches du Rhône et la Gironde.
Au premier abord, ce palmarès peut paraître inutile: il est logique que les départements les moins peuplés arrivent en tête. Comme l'admet Marc le Fur, "les petits départements sont toujours plus favorisés, car ils ont moins de demandes à traiter".
Plus pertinentes, en revanches, les inégalités de dotations entre les différentes préfectures de France. "Pourquoi un département comme le Pas-de-Calais compte une faible densité d'agents publics (3,17 pour 10 000 habitants), alors que la Meuse (7,89) ou les Hautes-Alpes (9,42) ont une densité d'agents beaucoup plus élevée?" s'interroge le député.
Son rapport a donc le mérite de soulever la question cruciale des différences d'organisation entre départements. En revanche, il reste muet sur les réponses à y apporter.
"Notre souci est de mettre en exergue ces réalités, aider les préfectures à se situer dans le temps et dans l'espace pour les motiver et de placer l'interrogation au niveau local, se justifie Marc le Fur. Aucune réflexion globale n'a été entamée sur la répartition des effectifs depuis notre précédent rapport, aucune inspection n'a été diligentée". Autrement dit, "les préfectures s'en foutent!"
Une future loi d'intéressement dans les administrations?
Mais le député refuse de s'apitoyer. Si les préfectures, malgré quelques efforts non négligeables, ne remédient pas d'elles-mêmes aux dysfonctionnements constatés, une loi pourra les y pousser.
Comme le révèle Marc le Fur, il réfléchit, avec d'autres élus, "à des intéressements dans les administrations sur des critères tangibles (primes financières), non pérennes (pas d'acquis d'une année sur l'autre) avec des objectifs expliqués et dialogués."
Le dispositif s'applique déjà pour la police ou la gendarmerie, depuis le passage d'un certain Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur: les forces de l'ordre reçoivent une prime si le nombre d'affaires solutionnées excède les objectifs.
Pour le moment, Marc le Fur préfère ne pas donner de date pour une possible loi. Il se veut prudent: "L'administration ne peut fonctionner dans une logique d'entreprise où les primes sont calculées en fonction du résultat. On pourrait plutôt raisonner en terme de délais, comme dans le rapport."
Cette année encore, ce palmarès ne dépassera donc pas le stade de la "saine émulation ENTRE les préfectures" pour atteindre celui de la "saine émulation DANS les préfectures". L'Express
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