jeudi, 26 novembre 2009

Comment Henri Proglio veut relancer EDF

INTERVIEW EXCLUSIVE - Officiellement nommé mercredi en Conseil des ministres, le nouveau PDG d'EDF Henri Proglio affirme qu'il veut redonner une ambition industrielle et humaine à l'entreprise publique.

LE FIGARO. - Vous connaissez bien EDF, dont vous étiez administrateur. Quel est votre diagnostic ?

EDF est une entreprise de premier rang qui affiche de très fortes compétences, au delà de la seule activité nucléaire. Sa présence internationale est aujourd'hui bien engagée. Ses forces sont indiscutables. Au-delà de ce constat rapide, j'ai la conviction que cette maison a besoin de retrouver une grande ambition industrielle et humaine. Son identité s'est un peu diluée, il faut construire un grand projet d'avenir.

Quelles vont être vos priorités ?

Elles sont nombreuses mais j'ai la certitude que la condition de toute réussite repose sur la mobilisation de toutes les équipes. L'aventure humaine, c'est un pilier de notre réussite. Ce chantier est immense. Dans les cinq ans qui viennent, une grande partie de l'encadrement de l'entreprise va faire valoir ses droits à la retraite, or rien n'a été fait en termes de création et de renouvellement des compétences. L'ambition industrielle qui est au coeur de la mission qui m'a été confiée par le président de la République doit donc s'accompagner d'une véritable ambition sociale. Toutes les filières de l'entreprise, à commencer par l'ingénierie des opérations, reposent sur leurs qualités d'expertise. L'accès à ce savoir-faire, de même que sa transmission, doit devenir un élément clé. Sur le modèle que nous avons mis en place chez Veolia, nous allons très vite créer des centres de formation pour transmettre et accéder aux savoirs. C'est une priorité absolue.

Qu'en est-il de vos ambitions industrielles ?

EDF, c'est un industriel de l'énergie qui a vécu de grandes aventures dans l'hydraulique et dans le nucléaire. Nous ne devons pas perdre cette vision d'industriel puissant en France et à l'étranger. Or, le groupe axe aujourd'hui tout son développement sur un seul réacteur. Notre catalogue, cela ne peut être uniquement l'EPR. EDF doit donc diversifier son offre dans le nucléaire mais aussi reprendre son leadership en thermique et en hydraulique. C'est une nécessité. Il se construit chaque jour une centrale thermique dans le monde. On attend de nous de l'expertise dans la construction de centrales, l'exploitation et la gestion des réseaux.

Vous n'avez donc pas l'intention de vous séparer des réseaux…

RTE et ERDF font partie de notre cœur de métier et ont vocation à le rester.

Comment comptez-vous améliorer la disponibilité du parc de centrales nucléaires ?

Avant toute chose, le mode de fonctionnement du parc nucléaire d'EDF est particulier. En France, les centrales servent à produire de l'électricité de base, mais également de pointe ce qui est moins le cas dans les autres pays qui réservent leur parc nucléaire à l'électricité de base. De fait le taux de disponibilité de nos centrales ne pourra jamais atteindre les 90% affichés par certains de nos concurrents. En revanche, nous pouvons viser raisonnablement les 85%, un niveau dont nous étions proches voici quelques années. Pour cela, une triple approche, humaine - la mobilisation des équipes -, organisationnelle et financière sera mise en application. Ce dossier est d'autant plus important qu'un point de disponibilité pour les centrales se traduit par un impact de 300 millions d'euros sur le compte d'exploitation.

Le gouvernement veut avant l'été une réforme qui implique qu'EDF cède de l'électricité à ses concurrents à prix coûtant. Vous avez déjà affiché votre opposition…

Il semblerait dans les projets qui circulent qu'EDF doive subventionner les autres opérateurs en leur permettant d'acheter une partie de son électricité à son prix de revient. Cela suscite chez moi un certain malaise. Imaginez n'importe quel chef d'entreprise face à ce type de situation : il ne pourrait l'admettre. Peut-on raisonnablement demander à EDF, qui a investi pendant des années pour constituer son parc nucléaire, de faire profiter tous ses concurrents des efforts consentis en amont. Je suis bien décidé à m'opposer à une telle perspective qui conditionnerait toute la politique tarifaire future d'EDF.

Après la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, confirmerez-vous les grands axes de l'expansion internationale d'EDF ?

La Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou la Chine ne sont pas les seuls chantiers internationaux engagés. En Italie également, nous avons des projets importants à travers la relance du nucléaire. Ces opérations où ces projets de coopération ne seront pas remises en cause. Il faudra toutefois tenir compter des contraintes qu'imposent les ressources humaines disponibles dans l'entreprise. Concernant les Etats-Unis, où EDF a récemment concrétisé l'acquisition de la moitié des actifs nucléaires de Constellation, ce qui est fait est fait, même s'il est trop tôt pour moi pour savoir si je l'aurais personnellement fait.

Avec le recul, ces acquisitions ont-elles été surpayées ?

Ces projets ont été conclus pour ce qu'ils doivent apporter. En Grande-Bretagne en particulier, ce ne sont pas les centrales vieillissantes de British Energy qui nous intéressent, mais l'opportunité de participer à la relance du nucléaire dans ce pays. Si vous voulez me faire dire que nous aurions pu débourser moins, nous étions effectivement le seul candidat en lice au Royaume-Uni. Mais notre équation industrielle ne doit pas seulement reposer sur des ratios financiers.

Vous militez pour qu'EDF soit le capitaine de l'équipe de France en matière de nucléaire. Comment cela peut-il se mettre en place ?

Je souhaite que cette filière se développe de manière harmonieuse et efficace. En l'occurrence, il faut une seule équipe de France.

EDF, qui a construit les 58 réacteurs sur le sol français, est l'ensemblier, celui qui a naturellement vocation à être chef de file. Il s'appuie ensuite sur des spécialistes, dont tel ou tel segment pourrait être étoffé grâce à des partenariats.

A ce propos vous avez été très dur concernant Areva…

Soyons bien clairs : j'exclus toute prise de participation d'EDF dans quelque activité d'Areva que ce soit, qu'il s'agisse des mines, des réacteurs ou encore du retraitement. Areva est un spécialiste avec lequel nous travaillons depuis longtemps. Certaines de ses activités pourraient s'étoffer au gré de partenariats. C'est notre seule préconisation, sachant que seuls les actionnaires, en l'occurrence et pour l'essentiel les pouvoirs publics, décident. Je n'ai jamais déclaré qu'il fallait refondre la filière de fond en comble, ni que la création d'Areva était une erreur. Mes positions ont été faussement interprétées.

 

 


 

 

Proglio : «J'ai seulement demandé à avoir un salaire équivalent»

 

Que répondez-vous aux critiques sur votre double présidence, à la tête d'EDF et de Veolia ?

J'ai été à la fois PDG de Veolia et président du comité stratégique d'EDF. Personne n'y a jamais trouvé à redire. Je suis aujourd'hui PDG d'EDF et président non exécutif de Veolia. Où est la différence sinon que cela me prendra plutôt moins de temps ? Je connais parfaitement Veolia et mon rôle consiste à surveiller son cap et à veiller au maintien de ses valeurs. C'est loin d'être un job à plein temps. Il faut par ailleurs souligner un fait rare pour une entreprise du CAC 40 : chez Veolia, la relève était prête avec Antoine Frérot, qui travaille à mes côtés depuis vingt ans.

Pourquoi restez-vous chez Veolia ?

Parce qu'on me l'a demandé. Les administrateurs, des personnalités fortes et expérimentées, ont été unanimes. Il y avait aussi une attente des collaborateurs, qui adhèrent à un objectif commun. Enfin, les clients de Veolia, notamment dans les pays latins et en Asie se montrent attachés à la relation nouée avec moi, au-delà de leur lien avec le groupe.

Allez-vous conserver longtemps cette double casquette ?

Ce sera transitoire, pour une durée encore indéterminée, mais je n'en donnerai pas le terme, car ce serait le meilleur moyen de déclencher les spéculations. Je consacre d'ores et déjà 98 % de mon temps à EDF.

Quelle sera votre rémunération ?

Je ne sais pas. Je n'ai pas abordé le sujet avant d'accepter la mission qui m'a été confiée. Ce n'était pas déterminant, sinon je ne serais pas là aujourd'hui. Je n'ai pas de patrimoine personnel mais je gagne bien ma vie. Chez Veolia, j'avais le 28e salaire du CAC, j'ai eu des stock-options, aucune action gratuite et je bénéficie de ma retraite. J'ai seulement demandé à avoir un salaire équivalent.

Allez-vous rapidement renforcer les liens entre Veolia et EDF à l'avenir ?

Le numéro un mondial de l'environnement et le champion de l'énergie sont complémentaires. Prenez des sujets aussi variés que l'optimisation énergétique, les véhicules électriques ou encore les grands ensembles urbains : sur tous ces projets, nos compétences sont vouées à s'associer naturellement. Il y a des synergies à tous les niveaux. Il suffit de les mobiliser. Cela se fera progressivement. Le Figaro

mercredi, 25 novembre 2009

Interview à Me Hervé Temime, avocat du cinéaste

L'avocat du cinéaste, Me Hervé Temime, décrit un client très éprouvé par deux mois de détention en Suisse.

Conseil de Roman Polanski, Me Hervé Temime s'insurge contre son maintien en détention par les autorités suisses et détaille les garanties fournies à l'appui de sa demande de mise en liberté.

LE FIGARO. - Voici bientôt deux mois que Roman Polanski est détenu en Suisse. Comment se porte-t-il ?

Me Hervé TEMIME.- Il se montre très courageux dans cette épreuve, même s'il la vit à la fois comme dure et injuste. En revanche, la situation est excessivement difficile à supporter pour sa femme et ses deux enfants de 11 et 16 ans, qui sont profondément inquiets pour lui. Depuis leur naissance, Roman Polanski est un père à la fois présent et affectueux, si bien que sa présence leur manque énormément. En dépit des trop rares visites qu'ils ont pu lui rendre, ils sont très perturbés psychologiquement par cette séparation, qu'ils vivent comme un véritable déchirement.

Dans quelles conditions le cinéaste est-il détenu ?

Roman Polanski est très bien traité par un personnel pénitentiaire de grande qualité. Pour autant, cet homme de 76 ans passe toutes ces journées seul dans une cellule à la fenêtre grillagée. Parce qu'il est la dignité faite homme, je ne l'ai guère entendu se plaindre. Cependant, nous espérons tous que sa demande de mise en liberté sera prochainement acceptée. À titre personnel, j'ai le sentiment qu'une prolongation de sa détention constituerait une injustice exceptionnelle.

La justice suisse semble craindre qu'il prenne la fuite. Quelles garanties apporte-t-il à cet égard ?

En premier lieu, il s'engage sur l'honneur à ne pas quitter la Suisse durant toute la procédure d'extradition, quelle qu'en soit la durée. Par ailleurs, il est prêt à être assigné à résidence dans son chalet de Gstaad. Il accepterait même de porter un bracelet électronique, ce qui est possible dans les procédures d'extradition en vertu d'une décision fédérale rendue le 13 octobre 2009. À la demande des autorités suisses, enfin, il est prêt à offrir une somme d'argent très significative au regard de ses moyens financiers pour conforter son engagement solennel.

Le 20 octobre dernier, pourtant, une première demande de mise en liberté avait été rejetée.

Depuis lors, nous avons apporté des garanties plus fortes et plus appropriées. En outre, une demande d'extradition a été formulée par les États-Unis et la peine encourue par le cinéaste est passée de cinquante à deux ans. Pour autant, je dénonce là une décision absurde. En 1978, Roman Polanski s'est prêté à toute une série de tests qui ont démontré son absence de dangerosité. Par ailleurs, les faits pour lesquels il est retenu sont vieux de trente-deux ans et j'observe que la victime, Samantha Geimer, souhaite ardemment que les poursuites cessent. Contrairement à ce qui a trop souvent été dit, Roman Polanski ne tire donc aucun bénéfice de sa notoriété dans cette affaire. Au contraire, il en a constamment pâti.

Le parquet de Los Angeles, qui lui reproche d'avoir déjà pris la fuite en 1978, n'a-t-il pas de bonnes raisons de redouter qu'il se dérobe une nouvelle fois ?

Roman Polanski n'a jamais voulu fuir ses responsabilités. S'il a quitté la Californie, c'est parce qu'il a été trahi par un juge qui n'a pas respecté l'accord passé entre toutes les parties.

Une audience importante doit se dérouler le 10 décembre prochain en Californie. Est-il concevable que Roman Polanski accepte finalement son extradition pour y assister ?

Non. Nous soutenons que Roman Polanski a déjà purgé sa peine en se soumettant, dès 1978, à des tests psychologiques menés en milieu fermé durant quarante-deux jours. Par ailleurs, nous soulevons le problème de la prescription qui, s'il n'est pas abordé par la convention d'extradition liant la Suisse et les États-Unis, se pose indéniablement au regard des principes généraux du droit. Nous soutenons enfin que M. Polanski n'a pas fait l'objet d'un procès loyal à Los Angeles. Pour toutes ces raisons entre autres, sa position demeure invariable : il n'acceptera pas d'être extradé aux États-Unis. Le Figaro

Interview à Dominique Strauss-Kahn

Propos recueillis par Alexandrine Bouilhet, Gaëtan de Capèle, Jean-Pierre Robin et Yves Thréard 
Dominique Strauss-Kahn, mardi, dans son bureau parisien. (Bouchon/Le Figaro)
Dominique Strauss-Kahn, mardi, dans son bureau parisien. (Bouchon/Le Figaro)

Dans un entretien au Figaro, le directeur général du FMI s'inquiète de la sortie de crise.

La crise financière est « à peu près maîtrisée », même si les banques sont encore très loin d'avoir complètement nettoyé leurs bilans. L'économie mondiale commence à voir le bout du tunnel, mais ce n'est qu'à l'été 2010 que le chômage commencera à refluer aux États-Unis et en Europe. Dominique Strauss-Kahn a répondu aux questions du Figaro.

LE FIGARO. - La reprise mondiale est-elle solide ?

Dominique STRAUSS-KAHN. En Asie, elle est là. Ailleurs, elle se profile seulement - selon le FMI, elle viendra au premier semestre 2010. Mais la reprise est fragile. Quel est le risque aujourd'hui ? Que l'on ne continue pas à mettre en œuvre les politiques qu'il faut pour assurer la pérennité de la reprise. Nous ne croyons pas à une rechute, ce que l'on appelle un scénario de « W », mais nous ne pouvons pas complètement l'exclure. Il faut donc maintenir les soutiens publics, car la demande privée reste faible et le chômage va continuer à augmenter encore assez longtemps. On peut aujourd'hui considérer que la crise financière est à peu près maîtrisée. Elle a dégénéré en crise économique, dont on commence à voir le bout du tunnel. Mais la crise sociale reste très forte, principalement dans les pays avancés. C'est ma préoccupation majeure. Au delà, c'est notre modèle de croissance lui-même qu'il faut repenser.

Faudrait-il remuscler les plans de relance ?

Non, mais la question se pose aux États-Unis. Le risque est que dans certains pays on n'estime plus nécessaire de réaliser les programmes de relance prévus pour 2010, ce qui augmenterait la probabilité d'une rechute. En même temps, il faut préparer les plans de sortie de crise, annoncer comment on va revenir à des situations budgétaires plus soutenables, tout le monde a besoin de le savoir, et en même temps il ne faut pas les mettre en œuvre trop tôt. C'est une contradiction apparente qu'il faut gérer habilement.

Les dettes publiques atteignent des niveaux inquiétants. Peut-on les laisser dériver ?

Nous étions face à un incendie. Le FMI a été le premier à sonner le tocsin. On a sorti les grosses lances à incendie la coopération monétaire, bancaire et budgétaire. On a ainsi évité une crise comme celle de 1929 et on a éteint le feu. Mais, maintenant, il y a de l'eau partout. Il faudra du temps pour l'éponger et revenir à des niveaux raisonnables. Mais il faudra le faire.

Comment se sortir des déficits et de la dette ? Par l'impôt ?

Quand la reprise sera assurée, la stratégie budgétaire devra alors devenir la priorité. Le problème de la dette n'est pas le même pour tout le monde. Il dépend du niveau d'endettement avant la crise, de la démographie et, évidemment, du potentiel de croissance.

Le rendement de ces plans de relance n'est-il pas décevant ?

Au contraire ! Selon nos calculs, une dépense publique de 100 milliards aura entraîné une croissance de 100 milliards on dit que « l'effet multiplicateur » est, grosso modo, de un. C'est un bon rendement. Rendez-vous compte : certains pays auront été confrontés à des reculs de 10 à 15 % du PIB cette année. On a évité un effondrement généralisé.

N'a-t-on pas une déperdition quand les gens épargnent l'argent public au lieu de le dépenser ?

Effectivement. Le taux d'épargne américain est remonté à 6 % ; selon certains experts, l'objectif est de le faire remonter à 8 %. C'est salutaire à moyen terme, car cela contribue à réduire les déséquilibres mondiaux. Mais c'est un problème à court terme, car ce qui n'est pas consommé ralentit d'autant la reprise.

Ce qui a redémarré sur les chapeaux de roues, c'est la spéculation, notamment sur les matières premières…

Voilà pourquoi il faut revoir notre modèle de croissance, sinon chaque fois que la croissance repartira les tensions sur les matières premières et le pétrole referont surface. Le problème le plus important pour les pays émergents est l'abondance de liquidités mises en place pour lutter contre la crise. Ces flux de capitaux se déversent en masse dans certains pays émergents, comme le Brésil ou l'Indonésie. Je comprends que ces pays pensent à mettre en place des mesures pour empêcher que leur taux de change ne s'apprécie trop - y compris parfois des contrôles de capitaux.

On a l'impression que la coopération internationale s'est arrêtée sur les taux de change…

La coopération a porté sur les politiques monétaires des banques centrales, les soutiens aux banques et les instruments budgétaires. C'est la première fois que tous les grands pays du monde décident de la même politique, et c'est très positif. Pour les taux de change, c'est plus compliqué. L'élément le plus discuté concerne la valeur certaines monnaies asiatiques, y compris la monnaie chinoise. Une appréciation du yuan serait cohérente avec la stratégie de relance de leur demande intérieure que les autorités chinoises ont choisie.

S'acheminent-ils vers une simple réévaluation du yuan ou Pékin acceptera-t-il de le laisser flotter ?

Un jour ou l'autre viendra où l'importance de l'économie chinoise conduira le yuan à flotter. Mais aujourd'hui les Chinois veulent maîtriser la façon dont il s'appréciera. Cela prendra du temps, même s'il n'est pas inconcevable qu'il y ait un premier mouvement plus rapidement.

N'y a-t-il pas une complicité entre la Chine et les États-Unis qui forment de facto une zone monétaire commune ?

Oui et non. Cela n'arrange pas les exportateurs américains que le yuan soit sous-évalué, ce qui est le cas. Par ailleurs, un effondrement du dollar n'arrangerait pas les Chinois détenteurs d'énormes quantités de billets verts. Ce n'est donc pas une question de complicité : avec la mondialisation, tout le monde se tient par la barbichette ! Faisons en sorte que ce soit pour le meilleur.

Vue d'Europe, la situation des changes n'est-elle pas pire ? l'Europe a la reprise la plus faible et la monnaie la plus chère…

Ce sont en tout cas les Européens qui se plaignent le plus de la valeur de leur monnaie. Le FMI considère également que l'euro est sans doute un peu fort, mais il est très difficile de déterminer de façon incontestable la valeur d'équilibre des devises. Les Européens doivent cependant mieux affirmer leur stratégie économique s'ils ne veulent pas laisser le couple sino-américain dominer le débat mondial des vingt prochaines années.

Que peut faire l'Europe pour exister face au couple sino-américain ?

Pour être une puissance économique, aujourd'hui, il faut deux atouts : un effet de nombre c'est ce qui fait la force de la Chine - et une avance technologique - qui donne un avantage comparatif aux États-Unis. L'Europe élargie a une population importante, avec 500 millions d'habitants, mais sur le plan technologique les choses n'ont pas suffisamment avancé depuis qu'on a lancé la stratégie de Lisbonne en 2002. Et je constate que le débat technologique, aujourd'hui focalisé notamment sur l'énergie, est beaucoup plus vif aux États-Unis qu'en Europe.

En promettant des taux zéro pendant longtemps, la Fed n'encourage-t-elle pas une forme de spéculation à partir du dollar ?

L'objectif de Ben Bernanke est de faciliter la reprise américaine. Il a raison. Sa stratégie monétaire est la bonne. Mais toute solution a ses inconvénients. Le carry trade, c'est-à-dire la spéculation sur les différences de taux d'intérêt, est une source d'instabilité pour les pays émergents, car leurs monnaies se trouvent appréciées. Mais la priorité numéro un aujourd'hui, c'est le retour à la croissance.

Quel est aujourd'hui le niveau des pertes non reconnues des banques ?

Il reste d'importantes pertes non dévoilées : 50 % sont peut-être encore cachées dans les bilans. La proportion est plus forte en Europe qu'aux États-Unis. Je le redis : l'histoire des crises bancaires, notamment au Japon, démontre qu'il n'y aura pas de croissance vive et saine sans un nettoyage complet du bilan des banques.

Faut-il imposer une taille limite aux banques ?

Je ne crois pas qu'il faille imposer des tailles limites. En revanche, si une banque prend des risques tels qu'elle présente un danger pour le système financier tout entier, il n'est pas illégitime de lui demander une contribution financière. Cette prime d'assurance aurait un double avantage : inciter la banque en question à prendre moins de risques, et collecter des ressources pour répondre à une éventuelle crise bancaire future. Le FMI étudie toutes les propositions de taxation du système financier, comme le lui a demandé le G20, et rendra son rapport en avril.

Ne faudrait-il pas alors couper les banques en deux ?

J'adhère à l'objectif de limiter les risques mais, si la partie banque d'investissement est bien surveillée et si elle paye une prime d'assurance, l'intérêt de couper les banques en deux s'estompe.

Faut-il taper plus sur les bonus ?

Sur le plan éthique, après les soutiens publics dont ont bénéficié les banques, je comprends que ce qui se passe paraisse scandaleux. Sur le plan économique, les bonus posent aussi un problème systémique, car il y a un lien entre des rémunérations démesurées et des prises de risques excessives même s'il y a aussi d'autres problèmes à régler, à commencer par le niveau de capital des banques. Sur le plan politique, enfin, la question des bonus est essentielle, car une nouvelle crise financière peut toujours survenir et la réaction risque de ne plus être la même : on ne verra pas deux fois des centaines de milliards de dollars d'argent public ainsi déversés sur le secteur financier !

Par manque de moyens ?

Non ! Parce que les opinions publiques et les Parlements n'accepteront pas de payer deux fois une telle facture. D'où l'importance d'une nouvelle réglementation du secteur financier comme de cette prime d'assurance. Limiter les bonus, moraliser la finance, c'est aussi préparer l'avenir.

Les gouvernements ont déployé des moyens colossaux pour lutter contre la crise. Comment en sortir de façon concertée ?

Ce sera plus compliqué que ne l'a été la coordination des mesures de soutien. Mais c'est indispensable pour éviter les distorsions de concurrence. Politiquement, la sortie de crise ne sera pas facile à gérer non plus. Je n'ai pas d'inquiétude pour les banques centrales. La sortie des plans de relance par les gouvernements est techniquement et politiquement plus délicate…

Vous êtes l'opposant de Nicolas Sarkozy le plus populaire de France. Qu'est-ce que cela vous fait ?

Cela fait toujours plaisir que vos concitoyens vous aiment bien, mais ce n'est pas mon sujet aujourd'hui. Le Figaro

lundi, 23 novembre 2009

Interview à John McCain

Propos recueillis à Halifax (Canada) par Laure Mandeville 
Selon John McCain, l'indécision d'Obama sur l'Afghanistan «adresse à nos alliés et à nos adversaires le message que nous hésitons».
Selon John McCain, l'indécision d'Obama sur l'Afghanistan «adresse à nos alliés et à nos adversaires le message que nous hésitons». Crédits photo : Georges Merillon

INTERVIEW EXCLUSIVE - Son ancien rival porte un jugement sans concession sur le bilan du président américain, après presque un an de pouvoir. Sur l'Afghanistan, l'Iran, le Proche-Orient, la Russie ou la Chine : «Peut mieux faire». «Vu l'émergence de la Chine et de l'Inde, l'Union européenne et les États-Unis vont devoir se rapprocher encore»

En marge du premier Forum sur la sécurité internationale d'Halifax, conférence organisée par le Canada et le German Marshall Fund, le sénateur républicain John McCain, 73 ans, ancien rival de Barack Obama pour la présidence, a accordé une interview au Figaro et à trois autres quotidiens européens (Suddeutsche Zeitung, Tagesspiegel et Gazeta Wyborcza).

LE FIGARO. - Alors que la décision du président Obama sur l'Afghanistan est maintenant une question de jours, beaucoup d'analystes comparent sa situation à celle du président Johnson au moment de l'engagement au Vietnam. Cette comparaison vous paraît-elle pertinente, à vous qui avez combattu au Vietnam ?

John McCAIN. - Les comparaisons entre les guerres sont rarement pertinentes, et elles dépendent de votre interprétation de la guerre. Mais les faits sont têtus. Quand les Nord-Vietnamiens ont envahi le Sud-Vietnam et qu'ils ont obtenu une aide massive de la Russie et de la Chine, il n'y avait plus de soldats américains au Vietnam. Nous avions terminé le retrait de nos forces. Vous n'apprendrez jamais ça à travers la description faite par la gauche américaine de la guerre du Vietnam. Dans les premiers temps de la campagne au Vietnam, on a mis en œuvre la tactique de Westmoreland consistant à «trouver et détruire l'ennemi», qui a échoué. Puis le général Abrahams est arrivé, il a lancé la vietnamisation, puis a retiré les troupes américaines. Prenons l'Irak : là aussi, la tactique inefficace de Westmoreland a été mise en œuvre par le général Casey et le secrétaire à la Défense Rumsfeld. Puis, le président Bush a eu le courage d'appeler le général Petraeus et le surge (envoi de renforts) a eu lieu. La vietnamisation avait marché, le surge a marché. Le surge peut marcher et marchera en Afghanistan si on y met les ressources suffisantes et si l'on convainc l'ennemi qu'on terminera notre mission avant de donner une date de départ. On gagne une guerre en brisant la volonté de l'ennemi. Et ce n'est pas en annonçant qu'on va partir qu'on y parvient !

Vous avez critiqué le président pour la lenteur de sa décision. Pourquoi ne pas lui laisser le temps de la réflexion ?

Le président a le droit de prendre son temps. Mais il y a deux problèmes. Le premier, c'est qu'une stratégie a été annoncée en mars. On a dit au peuple américain qu'on allait s'engager dans une stratégie de contre-insurrection. Puis, avec ce report de la décision - qui n'est pas vraiment de sa faute -, la population est sur le gril. Une attente aggravée par des fuites constantes dans la presse et des débats qui percent de l'intérieur de l'Administration. On a même eu la publication d'une dépêche de notre ambassadeur à Kaboul mettant en cause l'envoi de renforts ! Cette situation adresse à nos alliés et à nos adversaires le message que nous hésitons. Même nos militaires en sont ébranlés. Pendant la cérémonie qui a suivi la tragédie de Fort Hood, des sergents sont venus me voir et m'ont dit : «Sénateur McCain, nos hommes meurent. Allons nous y aller ou partir ?» On n'est pas dans un exercice statique et académique. La situation est bien réelle et elle se détériore, selon nos généraux. Cette détérioration signifie que les pertes augmentent, et que nous devons donc, soit inverser ce mouvement, soit partir. Reporter pendant des mois la décision est quelque chose que je préférerais que le président ne fasse pas. Mais bientôt, ce retard ne sera plus qu'un détail de l'histoire, puisque l'on dit que le président va annoncer sa décision après Thanksgiving (jeudi prochain, NDLR).

Que pensez-vous de la politique russe de la nouvelle Administration ?

Je trouve parfois amusant que nous nous accrochions à des fragments de phrases du président Medvedev pour nous persuader qu'il y a une percée majeure dans nos discussions. Nous savons très bien qui gouverne la Russie. Et nous savons qu'il (Vladimir Poutine, NDLR) est sur une ligne dure. Nous savons qu'il continue d'y avoir des violations des droits de l'homme, que des avocats meurent en prison et que des activistes sont abattus dans la rue.

Y a-t-il une forme de naïveté dans la politique étrangère d'Obama sur la Russie ou sur l'Iran ?

Je ne suis pas sûr de pouvoir la qualifier de naïve. Mais je peux dire qu'elle n'a pas de succès pour l'instant. Beaucoup d'entre nous avaient prédit qu'il n'y aurait pas de sérieuse contre-offre des Iraniens sur le nucléaire. On leur a en réalité donné un forum global pour exposer leurs vues radicales. De la même manière, je n'ai jamais pensé que les remarques de Medvedev à New York sur d'éventuelles sanctions contre l'Iran avaient une vraie substance. Beaucoup d'entre nous continuent de dénoncer l'attitude autocratique de M. Poutine et s'inquiètent de ses ambitions dans son «étranger proche», notamment en Ukraine et en Géorgie. Je ne crois pas qu'une nouvelle guerre froide va commencer. Mais je prévois une Russie plus affirmée dans la région et une répression grandissante des droits de l'homme.

Pensez-vous que l'Europe sous-estime l'agressivité de la Russie ? Faut-il être plus dur avec Moscou ?

La question n'est pas d'être dur. Mais de défendre les droits de l'homme comme nous l'avons toujours fait. Il faut négocier avec les Russes. Nous avons des négociations en cours sur les accords Start de désarmement. Mais la défense des droits de l'homme reste fondamentale alors que nous célébrons le 20e anniversaire de la chute du Mur. Pourquoi ce mur est-il tombé ? L'une des raisons, c'est que Reagan a dit : «Abattez ce mur M. Gorbatchev.» Les Russes sont sur le chemin de l'autocratie. Nous en parlons à voix haute. Cela ne veut pas dire que nous déclarons la guerre. Ronald Reagan n'a pas déclaré la guerre à la Russie.

Mais il y a eu la guerre en Géorgie et un échec de l'Occident et de l'Otan à l'empêcher.

Avec tout le respect que je dois au président Sarkozy, il s'est rendu sur place, a négocié un accord pour un cessez-le-feu et l'a présenté comme un grand succès. Pourtant, les Russes ne respectent toujours pas cet accord. Ce genre de négociation de crise exige plus qu'une simple séance photo. Les Russes occupent toujours des territoires en violation du cessez-le-feu et s'y livrent à des provocations. Ils ont reconnu l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud comme des pays indépendants, en violation du droit international.

S'il n'y avait pas eu ce cessez-le-feu, les Russes auraient pu prendre Tbilissi…

Peut-être. Mais alors, pourquoi ne pas dire la vérité : on a permis d'avoir un accord qui a empêché ce scénario, mais les Russes ne respectent pas l'accord qu'ils ont accepté ! Le président Sarkozy ne peut se contenter de dire que le problème est réglé.

Préféreriez-vous une position plus dure sur les droits de l'homme de l'Administration Obama vis-à-vis de la Chine ?

Oui. Ce président est le premier à ne pas avoir rencontré le dalaï-lama. La secrétaire d'État, Hillary Clinton, avant sa première visite en Chine, a dit qu'elle n'allait pas parler des droits de l'homme. La manière dont a été orchestrée la visite en Chine du président Obama est quelque chose que je n'aurais jamais accepté. Je n'ai jamais tenu de conférence de presse où je ne prenais pas de questions… J'ai vu nombre de visites de présidents américains, je n'en avais jamais vu une où l'on se contente de parler des progrès entre les deux pays, sans ramener le moindre accord concret.

Vous critiquez beaucoup la politique étrangère d'Obama. Quels en sont les aspects positifs ?

Le président Obama est une personnalité extrêmement charismatique. Il est très intelligent et enthousiasmant. Il a lancé un message au monde pour dire que nous voulions coopérer et il a été reçu très chaleureusement partout. J'apprécie son talent. Mais je sais aussi que si vous dites aux Israéliens qu'il faut geler les colonies, que ces derniers refusent, que les pays arabes disent qu'ils ne viendront pas aux négociations, et qu'alors vous dites aux Israéliens qu'ils n'ont pas besoin de geler les colonies, il y a problème… Je n'aurais jamais dit aux Israéliens qu'ils devaient geler la colonisation à moins d'être sûr de pouvoir garder cette ligne. Comprenez-moi. Je veux soutenir le président des États-Unis. S'il prend la bonne décision sur l'Afghanistan, je serai là pour le soutenir. Mais j'essaie de dire respectueusement ce qui me semble être la bonne voie pour le pays.

Le Parti républicain fait face à un dilemme déchirant : consolider sa base conservatrice au risque de rester minoritaire, ou s'élargir vers le centre ?

Nous avons perdu deux élections de suite. Des défaites lourdes. Après de tels échecs, il y a toujours une période de débat. C'est sain. Ce qui attire l'attention de nombreux républicains, c'est le résultat des élections de Virginie et du New Jersey. Des candidats républicains qui avaient des lettres de créance conservatrices se sont concentrés sur les problèmes concrets de leurs États : les emplois ! Aucun des deux n'a fait de commentaire sur l'avortement. Ils ont compris qu'il fallait parler emplois, prêts aux PME, aides. Ils ont gagné.

Il y a longtemps eu une tradition de travail bipartisan au Congrès des États-Unis. Mais, vu la férocité des attaques qui fusent, ce temps paraît bien révolu.

Je le regrette sincèrement. Mais ce qui se passe en Amérique, c'est l'émergence d'un mouvement indépendant qui n'est satisfait par aucun des deux camps. Cette frustration s'est exprimée pendant les dernières élections. Les électeurs indépendants du New Jersey qui avaient voté Obama n'ont pas voulu du candidat démocrate un an plus tard. S'affirme aujourd'hui un mouvement de colère, qui n'a pas décidé où il veut aller. Ce réservoir de votes indépendants fait que nous ne savons pas ce qui va se passer. En Arizona, mon État, le taux de chômage est de 17 % ! Un enfant sur cinq a faim aujourd'hui en Arizona. Le climat politique en est complètement changé.

Le président Obama a-t-il surestimé le mandat donné par la population pour réformer le pays, sur la santé, le climat, l'énergie ?

Depuis que le président a été élu, la question numéro un n'est pas seulement l'économie, mais les dépenses. Le déficit budgétaire inquiète. Voilà pourquoi les gens sont soucieux quand il propose une réforme de la santé qui va coûter plus de mille milliards de dollars. Depuis son arrivée, il y a une implication excessive de l'État. Personne n'aurait pu imaginer que l'État fédéral deviendrait propriétaire de General Motors et de Chrysler. On a aussi un niveau de colère que je n'avais jamais vu jusqu'ici, entre Main Street (le pays réel) et Wall Street. Wall Street fait des profits obscènes, tandis que Main Street ferme ses petites entreprises par milliers. La colère est réelle.

Si le président passe sa réforme de la santé comme prévu, peut-il mettre sur le tapis la législation sur le climat en 2010, au vu de cette colère ?

Le président fera la seule chose qu'il puisse faire. Quand vous avez un chômage qui atteint 10 % et des économistes qui prévoient au moins une année avec la même tendance, vous devez vous en préoccuper en priorité. L'Amérique est très préoccupée par le changement climatique, mais elle est profondément perturbée par le chômage.

Une Chine en pleine ascension, une Amérique en déclin… Vous êtes d'accord ?

La Chine s'achemine vers un statut de superpuissance. La question est de savoir si cette accession sera pacifique et mutuellement bénéfique ou si elle débouchera sur une confrontation. Je vois deux visages de la Chine. Une Chine qui s'implique positivement sur la scène internationale. Et une autre Chine, qui a toujours une attitude particulière vis-à-vis de Taïwan et continue de réprimer les droits de l'homme. Laquelle émergera, ce n'est pas clair. Mais les Chinois sont des gens pratiques. À mon avis, ils agiront pacifiquement parce que c'est leur intérêt économique. L'émergence de conflits en Asie ne serait pas une bonne chose pour une Chine qui doit nourrir une population de 1,3 milliard d'hommes.

Et le déclin de l'Amérique ?

J'ai déjà entendu ça bien des fois, sous Carter par exemple… Mais je pense que notre pays a une grande capacité de résilience. Nous sortirons plus forts de cette crise. Mais je sais aussi que, vu l'émergence de la Chine et de l'Inde, l'Union européenne et les États-Unis vont devoir se rapprocher plus encore. Le Figaro

lundi, 16 novembre 2009

Intervista a Gaetano Quagliariello

Voto Anticipato? Un'ipotesi estrema ma da prendere seriamente in considerazione di fronte a una crisi di sistema in cui attraverso sentenze si cercasse di ribaltare il verdetto della sovranità popolare. E' il convincimento del vice-capogruppo del Pdl al Senato Gaetano Quagliariello, mentre l'incardinamento del ddl per il processo breve suscita fibrillazioni.

Senatore, quante tensioni: fra i due schieramenti, nella maggioranza e dentro il Pdl. Come se ne esce?
Non è il caso di drammatizzare. Questa è una legge parlamentare e in un percorso del genere il testo non arriva quasi mai al traguardo così com'era concepito in partenza. Questa legge non farà eccezione.

E sui rischi di incostituzionalità?
Noi abbiamo avuto una grande attenzione a restringere il campo di applicazione della legge (escludendo dunque i procedimenti per reati di grave allarme sociale). Anche per questo abbiamo limitato la legge solo agli incensurati e ai processi di primo grado, al contrario di quanto prevedevano le leggi simili portate in Parlamento dalla sinistra.

Ma la soluzione proposta dal Pdl è largamente contestata, anche all'interno del partito.
Attenzione. Il punto di caduta verrà individuato in commissione: non anticipiamo il dibattito sui giornali. Evitiamo certi atteggiamenti farisaici. Leggo in giro che le maglie della legge sono troppo ampie. Si inventano prescrizioni inesistenti come per stragi, Thyssen, Parmalat, o altre falsità. Allo stesso tempo si invoca la necessità di allargare le maglie per venire incontro alle esigenze di costituzionalità. Insomma, io dico: ogni cosa a suo tempo, tenendo conto che il ministro Alfano si è impegnato a riferire in Aula sull'impatto previsto dal testo.

Si è aperta una ferita, dentro il Pdl e tra una parte del Pdl e la Lega. Come superare l'impasse?

Bisogna evitare ogni approccio ideologico. Nel dibattito parlamentare alcuni reati potranno essere inseriti, altri magari esclusi. Ciò che conta è che vi sia una motivazione reale e non ideologica per scegliere in un modo o nell'altro.

Ma la quotidianità incombe. in settimana arriva in Aula il voto agli immigrati. Le tensioni tra Pdl e Lega aumenteranno.
Non parlerei di tensioni, ma al massimo di un antagonismo, normale in una fase pre-elettorale. Non dimentichiamo: Malia sta uscendo dalla crisi più profonda del dopoguerra prima e meglio di altri Paesi grazie all'efficienza e compattezza dell'alleanza.

Eppure il suo collega Osvaldo Napoli invoca un congresso straordinario.
Esiste un metodo per superare le controversie nel Pdl, del tutto normali quando si è al 35 per cento. Questo è un partito degli elettori: valgono gli impegni presi con loro. Poi su tutto il resto ci sono gli organi statutari, dove si discute e si vota.

Nel governo c'è persino chi (Brunetta) invoca le elezioni anticipate. Che ne pensa?
Il governo ha un'ampia maggioranza: in poco più di un anno ha affrontato una crisi economica e risolto le emergenze rifiuti in Campania e sisma in Abruzzo. Però, se si profilasse all'orizzonte una crisi di sistema che palesasse la volontà di ribaltare - attraverso sentenze o continue inchieste -  il verdetto della sovranità popolare il voto anticipato potrebbe essere la cosa migliore nell'interesse del Paese, un'ipotesi estrema, da prendere in considerazione solo se il tessuto connettivo rischia di essere lacerato.

Perché Berlusconi non si lascia processare?
Da 15 anni è in atto una vera e propria persecuzione contro Berlusconi e contro il sistema politico inaugurato nel '94. Una condanna ingiusta colpirebbe non solo Berlusconi, ma anche quel tentativo di fare dell'Italia un Paese normale. Il processo breve è una norma di civiltà e nessuno se ne deve scandalizzare. Ma non è la riforma della giustizia: abbiamo cambiato il diritto civile, ci occuperemo del penale e della professione forense, poi dovremo mettere mano alla riforma di rango costituzionale. E attraverso questa strada andrà ristabilito il giusto equilibrio tra politica e giustizia che si è incrinato nel '93. Casini ha detto che il lodo costituzionale è una cosa buona. Adesso ci aspettiamo che formuli una proposta. Altrimenti saremo noi a valutare un'iniziativa del genere. Corrado Castiglione. L'Occidentale. (Pubblicato dal Mattino)

Intervista alla biologa Sawaya

Pioggia di aiuti o micro-progetti più mirati? Grandi politiche di trasformazione sociale o mini realtà in cambiamento? Non esiste una ricetta univoca per combattere la denutrizione. Il segreto sta nel lavoro «in rete», quando le organizzazioni non governative lavorano a fianco del governo e delle università, spiega Ana Lydia Sawaya, biologa ed esperta alimentarista, direttrice del Cren, il “Centro di recupero ed educazione alimentare” che cura i bambini denutriti a San Paolo e collabora con il governo brasiliano nella lotta contro la fame.

Una realtà cattolica nata 16 anni fa, che è diventata un esempio di efficienza riconosciuto sia a livello locale sia internazionale. Il Cren aiuta in totale 8mila bambini a San Paolo. Di questi circa 2mila sono in una situazione di denutrizione più grave e hanno bisogno di assistenza in ambulatorio o tramite day hospital. Secondo l’Unicef questo centro è ormai un riferimento nazionale per combattere il problema della denutrizione infantile. Lo scorso anno il presidente Luiz Inacio Lula da Silva consegnò al Cren il premio Odm per il contributo al raggiungimento degli Obiettivi di sviluppo del Millennio. Sawaya è anche docente all’Università federale di San Paolo ed ha pubblicato diversi libri.

Funzionano di più i piccoli progetti o le grandi campagne a tappeto?
Se gestite bene, funzionano entrambe le formule. I progetti più piccoli sono fondamentali perché rispecchiano una conoscenza reale delle necessità di una determinata situazione. Ma da soli non possono arrivare quasi a nulla, se non funziona la partnership fra Ong, governo e università. Le istituzioni regionali più piccole sono necessarie perché sono al corrente dei problemi veri del contesto. Ma è il governo che poi fa le leggi, che gestisce finanziamenti, dà pubblicità alle iniziative che hanno successo. Se il governo lancia soltanto interventi generali a tappeto, rischia di non arrivare alle realtà più concrete. Ad esempio qui in Brasile non funzionerebbe mai un programma alimentare per promuovere cibi meno costosi, ma con una sola dieta per il nord e il sud: due regioni dove non si trovano gli stessi prodotti.

Chi arriva più direttamente ai risultati: una grande organizzazione o una Ong?
Le ong funzionano, perché sono presenti nel territorio. La Fao spesso ha grosse difficoltà perché non conosce profondamente i diversi contesti del mondo. Infatti è un organismo che non distribuisce molto denaro. L’utilità della Fao è più di tipo normativo e formativo, riguarda lo sviluppo della metodologia e la diffusione delle iniziative che funzionano meglio.

Non esistono ricette magiche contro la denutrizione. Eppure ci sono progetti, come il vostro a San Paolo, che funzionano realmente. Cosa serve?
Serve la conoscenza dei problemi concreti delle famiglie della zona. Servono ricerche sui problemi dell’area. Serve un lavoro in rete, mai isolato. Serve che le famiglie dei bambini denutriti vengano coinvolte nel lavoro educativo delle Ong. Il più grande sbaglio di alcune grandi organizzazioni è inviare nel paese personale che non conosce né la realtà né la lingua locale. Hanno una marea di soldi, ma non è una questione di denaro. Mancano le conoscenze, non c’è lavoro educativo con le famiglie, a volte i progetti sono stati preparati altrove.

Qual è, dunque, il fattore chiave di un progetto come il vostro contro la denutrizione?
Lavorare insieme alle famiglie. Conoscere il terreno, la realtà concreta. Indagare sistematicamente la situazione: servono dati quantitativi e qualitativi. Le risorse vanno utilizzate bene.
Michela Coricelli. Avvenire

Intervista al ministro Luca Zaia

«Da che mondo è mondo lo sviluppo passa dall’agricoltura, dal coltivare. L’impegno che dobbiamo assumere con questo vertice è dunque quello di estendere al massimo la produzione agricola dei Paesi più poveri». Il ministro delle Risorse agricole, Luca Zaia, interverrà martedì mattina all’assemblea della Fao. Intanto sta ultimando un piano straordinario d’intervento per il settore agricolo italiano, che presenterà la prossima settimana.

Ministro, l’Italia con quali proposte va al vertice?
Anzitutto ci presentiamo forti di due appuntamenti importanti organizzati in Italia: il G8 dei ministri agricoli a Cison di Valmarino (Treviso) dell’aprile scorso e il G8 dell’Aquila a luglio, durante il quale sono stati aumentati da 15 a 20 miliardi di dollari i fondi impegnati per fermare la fame nel mondo. Le grandi potenze sono coscienti del fatto che l’accesso al cibo dev’essere il primo obiettivo con un miliardo di persone che soffre la fame...

Ministro, la fermo. Il governo aveva già promesso il saldo dei fondi per raggiungere gli obiettivi del millennio, ma non ci risulta sia avvenuto. Intanto cala il nostro contributo alla cooperazione internazionale. C’è un impegno reale o sono solo buone parole?
Il nostro impegno è profondo. Certo, da parte di tutti i Paesi occidentali c’è stato un rallentamento nel flusso degli aiuti dovuto alla grande recessione internazionale. D’altro canto, se si devono trovare 8 miliardi di euro per i nostri ammortizzatori sociali, non si possono destinare più fondi altrove.

Secondo i vertici della Fao è necessario incrementare del 70% la produzione agricola per soddisfare i bisogni alimentari della popolazione mondiale. Per altri, invece, è necessaria una migliore distribuzione delle risorse tra Nord e Sud del mondo.
Su questo tema ho discusso con diverse personalità nella mia visita a Washington e a New York, fra le quali il segretario generale dell’Onu Ban Ki-moon, e sono d’accordo con il direttore generale della Fao Jacques Diouf, sulla necessità di incrementare fino a raddoppiare la produzione agricola. Ovviamente per quanto riguarda i Paesi in via di sviluppo, perché in Occidente siamo nella condizione opposta: produciamo già più cibo di quel che possiamo consumare. Occorrono invece investimenti e nuove tecnologie per estendere al massimo le coltivazioni nelle nazioni più povere, sviluppare l’aridocoltura, trasferendo il nostro "saper fare", anche attraverso iniziative di formazione in loco.

Le biotecnologie, gli ogm possono essere una strada per lo sviluppo o sono troppo rischiosi?
Se venisse offerto un grano transgenico coltivabile nelle zone desertiche del Sudan, perché non approfittare di quest’occasione di sviluppo a favore dell’uomo? Qui da noi, invece, non ha senso introdurre gli ogm: si favorirebbe solo il business delle multinazionali.

Si ripropone il nodo di un’agricoltura europea fortemente sussidiata contrapposta a quella dei Paesi in via di sviluppo sulla quale si mettono i dazi.
I produttori europei sono già oggi totalmente fuori mercato. Senza sussidi semplicemente scomparirebbero, senza i dazi verrebbero cancellati. Faccio un esempio: il latte oggi viene pagato 28 centesimi al litro agli allevatori, ma a loro produrlo costa circa 40 centesimi. Dopo il Doha round si era proposto di togliere il dazio sull’importazione di riso in Europa. Mi sono fermamente opposto perché, certo i produttori vietnamiti se ne sarebbero avvantaggiati, ma noi nel novarese non avremmo più neanche una risaia.

In effetti anche la nostra agricoltura è in forte sofferenza e non mancano le proteste. Come si contrasta la crisi?
Qualche volta le proteste sono strumentali, come se la crisi dipendesse dal governo o da qualche legge. In realtà siamo in presenza di un problema comune agli agricoltori di tutta Europa: il crollo dei prezzi alla produzione. Qualche esempio: le susine sono scese del 60%, le pesche del 45%, le mele del 30%. Così pure i consumi di formaggi sono scesi del 5-6%. È chiaro che in questa situazione tutti soffrono. Ma a maggior ragione occorre valorizzare le nostre produzioni tipiche, puntare sull’identità e non cercare di concorrere con gli altri sul prezzo. Servono investimenti strutturali e sostegni, ma soprattutto una tracciabilità chiara, l’etichettatura che dica dove è stato coltivato e trasformato quel prodotto. Oggi noi produciamo 11,5 milioni di tonnellate di latte, altri 8 milioni li importiamo dall’estero, ma il consumatore quando acquista un litro a lunga conservazione non sa se quel latte viene da vacche italiane o è stato munto in Lituania. Alleviamo maiali per 14 milioni di cosce, altre 54 milioni di cosce le importiamo. Ma chi sa il prosciutto da dove viene?
Francesco Riccardi. Avvenire

Interview à Hervé Morin, ministre de la Défence

Le ministre de la Défense, Hervé Morin, veut rappeler les objectifs poursuivis aux Français inquiets.

LE FIGARO. - Qu'allez-vous dire aux sénateurs de l'opposition qui s'interrogent sur le bien-fondé de l'engagement français en Afghanistan ?
Hervé MORIN. -Je leur répondrai qu'il n'y a pas d'alternative à cet engagement. Même si la France est depuis longtemps convaincue qu'il faut faire évoluer la stratégie et être davantage présent auprès de la population. Comme l'a dit un jour McChrystal, le patron des forces américaines en Afghanistan : 10 - 2 ne font pas 8 mais 20. Lorsqu'on supprime deux talibans, on multiplie le nombre de talibans par deux, car des frères ou des cousins ont l'obligation de prendre les armes. C'est le fonctionnement de la société afghane, basé sur les dettes d'honneur. Nous ne sommes pas face à un enjeu militaire en Afghanistan, mais à un défi de sécurisation d'un pays.

Pensez-vous que la France ait suffisamment de résilience pour pouvoir soutenir à long terme l'effort de guerre en Afghanistan, alors même que les sociétés américaines et britanniques donnent elles-mêmes des signes d'essoufflement ?
Les Français voient souvent l'Afghanistan comme un front armé classique, comme si on était dans les plaines de l'Europe centrale. Il est difficile de leur faire comprendre qu'on peut avoir des morts dus à l'explosion d'un IED (engin explosif improvisé) dans une région calme. Ce qui inquiète les Français, ce n'est pas le fait que l'on soit présent en Afghanistan, c'est que l'on soit contraint d'y rester pendant des années ! Il faut donner des perspectives, des objectifs à l'opinion publique. Il faut rappeler aux Français que laisser l'Afghanistan aux talibans, c'est laisser le terrorisme prospérer et nous menacer. Il faut enfin leur dire que le risque de contagion au Pakistan, puissance nucléaire, est loin d'être négligeable si nous partons.

L'impression d'indécision qui émane de la Maison-Blanche, le fait que le président Obama n'arrive apparemment pas à trancher sur la question des effectifs, ne risquent-ils pas d'avoir des conséquences en France ?
Soyons clairs : à l'échelle de l'Afghanistan, la zone couverte par les 3 000 soldats français représente 1 % du territoire… Pour pouvoir contrôler tout le pays, il faudrait des volumes militaires considérables et ce n'est pas envisageable. Alors le fait que l'on envoie 20 000 ou 40 000 hommes ne suffira pas. La seule stratégie qui vaille est de respecter la population afghane et de faire monter en puissance son armée et sa police. En Afghanistan, la victoire ne peut pas être uniquement militaire. La vraie question, c'est comment convaincre les Afghans que leur sécurité est garantie par l'alliance, qu'il leur faut coopérer pleinement avec nous et faire pression sur les talibans pour qu'ils rendent les armes. Aujourd'hui, ils sont pris entre le marteau et l'enclume.

Que pensez-vous de la plainte déposée par les familles des victimes d'Ouzbin ?
Elles vivent dans la douleur, avec un sentiment d'injustice que toutes les familles connaissent lorsqu'elles perdent un proche. Mais il n'y a pas eu de faute commise le 18 août 2008 à Ouzbin. On peut toujours dire qu'il manquait tel ou tel moyen ou qu'il n'y avait pas suffisamment de moyens de reconnaissance. Je vous rappelle que quelques semaines après Ouzbin, les forces françaises sont tombées dans une nouvelle embuscade qui a fait un blessé grave. Et bien, nos moyens de reconnaissance aériens mis en œuvre ont été inopérants : les talibans étaient indétectables parce qu'ils ne bougeaient pas ! On ne pourra jamais supprimer l'imprévu dans les opérations militaires, ce que Clausewitz appelait le brouillard de la guerre. L'action militaire, qui comporte toujours une part d'incertitude, ne peut pas faire l'objet d'une appréciation judiciaire au risque de paralyser nos forces.

 


 

 

Offensive franco-afghane dans la vallée de Tagab

 

Environ 700 soldats français et une centaine de militaires afghans, appuyés par des blindés et des hélicoptères de combat, ont lancé hier une offensive dans la vallée de Tagab, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Kaboul. Cette région montagneuse constitue une base arrière pour les talibans. L'opération vise à sécuriser la vallée où une route doit être construite. Celle-ci doit permettre de relier le Pakistan voisin au nord de l'Afghanistan, en contournant Kaboul, ce qui faciliterait le transport de marchandises. L'offensive se heurtait hier à des tirs de snipers. Le Figaro

vendredi, 13 novembre 2009

Interview à Bachar el-Assad

Propos recueillis à Damas par Étienne Mougeotte 

Le président syrien s'entretient du Proche-Orient, vendredi à Paris, avec Nicolas Sarkozy. Il estime que ses relations avec Washington ne se sont pas encore suffisamment améliorées.

LE FIGARO - Monsieur le président, vous effectuez votre deuxième visite en France en moins de dix-huit mois. Et le président Sarkozy est venu entre-temps à Damas. Qu'attendez-vous de ces relations désormais excellentes entre la France et la Syrie ?

Bachar el-ASSAD. Nous disons toujours que l'Europe a un rôle à jouer s'agissant du Proche-Orient. Historiquement, il n'y a pas de doute que la France a toujours eu un rôle de pilote en Europe. Il est évident que lorsque le président Sarkozy a mis en avant son dynamisme politique, toute l'Europe l'a suivi. Un an et demi après la reprise des bonnes relations entre la France et la Syrie, nous avons d'abord bâti un climat de confiance et nous pouvons, à présent, élaborer une vision plus claire pour l'avenir.

Qu'en est-il du rôle américain ? Nous n'avons rien constaté jusqu'à présent, notamment en ce qui concerne le processus de paix. Quel sera le rôle de la France dans ce domaine ? La France doit agir, la paix sera donc le sujet principal de nos entretiens.

Le deuxième sujet est bien entendu économique. Les relations économiques franco-syriennes ont récemment commencé à bouger. Je rencontrerai un certain nombre d'hommes d'affaires français et nous verrons comment relancer, à nouveau, ces relations. À cela, il faut ajouter les relations culturelles entre nos deux pays.

Vous dites que peu de choses se sont passées depuis l'élection du président Obama ? Où en êtes-vous avec les États-Unis ?

Il est normal que, plus un pays est important, plus on attende de lui. Les États-Unis sont la plus grande puissance mondiale et jouent un rôle partout dans le monde. Il est donc normal de dire que les États-Unis peuvent faire plus que les autres. La première chose à laquelle on s'attendait de la part de la nouvelle Administration concernait la question de la paix. Nous avons enregistré un certain mouvement à ce sujet. Nous avons reçu l'émissaire américain George Mitchell. Nous avons entamé un dialogue au sujet de la paix. Mais ce dialogue n'est pas allé au-delà d'un échange de vues. Il n'y a pas eu une vision commune. Il n'y a pas eu un plan exécutif. Par ailleurs, nous nous attendions à une amélioration des relations avec la Syrie. De fait, les relations se sont améliorées, mais de manière mesurée. Nous n'en sommes pas encore au regain de confiance entre la Syrie et les États-Unis. Il y a toujours des sanctions américaines contre la Syrie. Lorsque les relations bilatérales ne sont pas bonnes, il est difficile de se diriger ensemble vers la paix, alors que les États-Unis sont l'un des principaux parrains de la paix.

Quels seraient, pour vous, les éléments qui pourraient aider à débloquer le processus de négociation de paix israélo-palestinien ?

Vous avez toujours besoin de parties prenantes qui souhaitent la paix. Vous avez aussi besoin d'un parrain ou d'un médiateur. Pour notre part, nous souhaitons la paix, et il y a d'ailleurs une initiative arabe de paix. Malheureusement, le nouveau gouvernement israélien ne souhaite pas relancer le processus de négociation, alors que la Syrie a exprimé maintes fois son désir de reprendre les négociations. La Turquie a aussi exprimé sa volonté de jouer un rôle de médiateur. Mais le point faible, c'est le parrain américain. Ce que le président Obama a exprimé au sujet de la paix était une bonne chose. Nous sommes d'accord avec lui sur les principes, mais, comme je viens de le dire, quel est le plan d'action ? Le parrain doit élaborer un plan d'action. Il doit être proactif et prendre l'initiative, ne pas rester passif en attendant que les autres agissent. Pour être clair, nous estimons qu'il y a une référence, celle de Madrid : elle s'appuie sur l'application des résolutions du Conseil de sécurité et sur le principe de l'échange de la terre contre la paix. Le gouvernement israélien doit annoncer qu'il est d'accord avec ces principes. C'est l'adoption de ces principes de base qui permettra de relancer la paix.

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé qu'il ne souhaitait pas continuer sa mission. Le regrettez-vous ?

J'entretiens de bonnes relations avec le président Mahmoud Abbas. Évidemment, nous ne sommes pas d'accord sur tout. Il y a des sujets politiques de divergence. Mais je le respecte sur le plan personnel. Je dirais qu'il a pris une décision personnelle. Je ne l'ai pas rencontré. S'il s'en va, je ne sais pas qui le remplacera. Je ne peux pas dire que je regrette ou pas sa décision. C'est la sienne. Peut-être pense-t-il n'avoir pas pu faire ce qu'il souhaitait. L'important est, en fin de compte, ce que souhaite le peuple palestinien.

Israël a saisi un bateau venant d'Iran dans lequel il y avait beaucoup d'armes probablement destinées au Hezbollah. Cette livraison permanente d'armes au Hezbollah n'est-elle pas un obstacle vers la paix ?

Premièrement, c'est un des mensonges que propage Israël. Quelle est la preuve que ces armes étaient destinées au Hezbollah ou à quelqu'un d'autre ? Il est évident qu'un État a le droit d'acheter des armes. Ensuite, où vont ces armes ? Cela le concerne et relève de sa souveraineté. La question est de savoir si Israël a le droit d'effectuer cet acte de piraterie en pleine Méditerranée et de saisir un bateau. Israël était-il mandaté par les Nations unies pour agir de la sorte ? Le problème est bien cet acte qui va à l'encontre du droit international et non pas le contenu de la cargaison du bateau. S'il est interdit à tous dans la région d'acquérir des armes, est-ce qu'Israël a le droit d'acquérir librement des armes des États-Unis et de l'Europe ? Nous pensons qu'il y a là deux poids, deux mesures. Je dois vous dire que nous ne disposons d'aucune information sur la présence d'armes à bord du navire. Je reprends simplement les hypothèses développées par les médias, mais je ne sais pas si c'est vrai ou faux.

La formation d'un gouvernement d'union nationale au Liban semble vous satisfaire. Est-ce la marque d'une normalisation durable des relations entre la Syrie et le Liban ?

Avant la formation du gouvernement libanais, j'ai affirmé publiquement et à plusieurs reprises mon soutien à un gouvernement d'union nationale au Liban. Par conséquent, la formation de ce gouvernement nous paraît satisfaisante pour le Liban. Cela instaure la stabilité au Liban. Quand il n'y a plus de division au Liban, il devient plus facile pour un pays comme la Syrie d'établir avec lui des relations normales. La formation d'un gouvernement d'union nationale signifie automatiquement une amélioration des relations syro-libanaises, en vue de leur normalisation.

Vous êtes allié de l'Iran et ami du président Ahmadinejad. Pensez-vous qu'il devrait accepter la proposition occidentale de fourniture d'uranium à la Russie et à la France pour l'enrichir, permettant ainsi la construction du nucléaire civil en Iran avec, en contrepartie, le renoncement au nucléaire militaire ?

Tout d'abord, il n'y a aucune preuve d'un projet nucléaire militaire iranien. Même sur le plan scientifique, le niveau de l'enrichissement de l'uranium atteint par l'Iran est bien loin du niveau requis pour des fins militaires. Deuxièmement, pour formuler toute opinion sur ce sujet, nous nous appuyons sur le traité de non-prolifération des armes de destruction massive. Cela donne le droit à n'importe quel État d'enrichir de l'uranium à des fins civiles.

Quant à la dernière proposition occidentale concernant le transfert de l'uranium iranien à l'étranger pour l'enrichir, cela pose une autre question : quelles sont les garanties offertes de restitution de ce combustible à l'Iran ? Les Européens proposent que l'uranium soit transféré dans sa totalité. Pourquoi ne pas le transférer de manière graduelle ? L'Iran est flexible et a accepté le transfert de l'uranium par étapes : on prend une partie pour l'enrichir et, quand elle est restituée, on en prend une autre et ainsi de suite.

Tout le débat est là, les Occidentaux veulent un transfert total, ce que refusent les Iraniens.

Ceci est logique à mon sens. Les Iraniens acceptent le transfert graduel et, comme je viens de le dire, quelles sont les garanties offertes par les Européens ? Il n'y en a aucune. Alors pourquoi l'Iran doit-il prendre ce risque ? Puisque les Iraniens acceptent le principe, l'Europe et les États-Unis devraient cesser d'exiger le transfert en une seule fois.

Notre compatriote Clotilde Reiss est toujours retenue à l'ambassade de France à Téhéran. Avez-vous bon espoir de son retour en France ?

M. Sarkozy a évoqué cette question avec moi l'été dernier et, quand j'étais en Iran, on m'a dit qu'elle avait quitté la prison pour l'ambassade. C'est également une position flexible des Iraniens. Cela veut dire que l'Iran ne veut pas en faire un problème politique, bien que la France ait adopté une position très dure après l'élection présidentielle en Iran. Je pense que vous devriez aborder cette question comme relevant de la justice et non comme une affaire politique. L'aspect politique viendra ensuite, à travers une bonne relation avec l'Iran. Voilà mon conseil.

Vous avez dit au Figaro l'année dernière : «Nous empruntons le chemin de la démocratie, mais c'est un long chemin.» Avez-vous avancé sur ce chemin et êtes-vous prêt à faire libérer les prisonniers politiques ?

C'est la justice qui libère des détenus. Nous autres, en Syrie, avons une loi claire qui tranche toutes ces questions. Le président peut accorder un pardon après le jugement des tribunaux si la personne a reconnu sa culpabilité.

En ce qui concerne le chemin de la démocratie que nous parcourons, nous avons élargi le dialogue après avoir surmonté énormément de crises. Il y a aujourd'hui davantage de dialogue en Syrie. Ainsi, nous discutons de la possibilité d'élargir la représentativité du Sénat. Je ne peux pas dire que nous effectuons des pas rapides, mais je dis toujours que nous allons lentement mais sûrement.

L'Union européenne a proposé à la Syrie un accord d'association. Tout semblait prêt pour une signature, mais vous refusez de signer. Allez-vous le faire rapidement ?

Tout semblait prêt pour la signature du point de vue des Européens, mais, de notre point de vue, les choses n'étaient pas prêtes. Comme je l'ai dit il y a déjà cinq ans au président de la Commission européenne d'alors, Romano Prodi, il faut d'abord éliminer un certain nombre de points économiques et administratifs qui sont, pour nous, négatifs. Le soutien des Européens à notre développement est insuffisant. Je pense que l'Europe doit faire preuve de davantage d'indépendance politique. Les Européens ont complètement viré du côté des États-Unis, au détriment de la Syrie. Un partenaire doit être un ami et nous ne l'avons pas constaté de la part de l'Europe ces dernières années. Le gouvernement syrien examine actuellement cet accord d'association, il déterminera les points nécessaires et qui n'y figurent pas. À ce moment-là, nous en discuterons avec la Commission européenne. Le Figaro

jeudi, 05 novembre 2009

Intervista a Edward Luttwak

Per lo stratega del Pentagono, autore del libro «La grande strategia dell'Impero bizantino» in uscita da Rizzoli,  gli Stati Uniti devono imparare dall’esperienza di governo più duratura della storia - quella appunto di Bisanzio - l’intelligenza prima della forza.

Edward Luttwak, lo stratega militare di origine romena che ha fatto da consulente al Pentagono e al consiglio per la sicurezza nazionale della Casa Bianca, è da almeno trent’anni convinto che le grandi potenze devono tenersi fuori dai conflitti regionali – a meno che non rappresentino un interesse nazionale chiave. Analogamente pericoloso per i Paesi avanzati, come gli Stati Uniti, è farsi trascinare nella lotta di guerriglia e nelle operazioni di controinsorgenza. Iraq e Afghanistan a suo dire non fanno eccezione. Delle sue teorie militari Luttwak ha trovato conferma nella storia. Se nella Grande strategia dell’Impero romano Luttwak aveva visto in Roma un esempio di forza imponente usata come mezzo di dissuasione, in La grande strategia dell’Impero bizantino, in uscita da Rizzoli (pagine 500, euro 25,00), ha identificato nella Costantinopoli imperiale la lezione di un impero che sa gestire le sue risorse, tenere a bada i nemici e preservare la sua esistenza senza essere costantemente in guerra. Una strategia che potrebbe insegnare molto ai moderni generali americani.

Come ha fatto Bisanzio a sopravvivere per quasi mille anni ai suoi predecessori d’Occidente?
«L’Impero bizantino ha vissuto più a lungo di qualsiasi altra potenza, dinastia, entità storica, grazie a un fortissimo senso di identità. I Bizantini erano orgogliosamente cristiani. Si consideravano inoltre portatori e difensori della cultura classica ellenica, che dava loro rassicurazione sull’importanza della loro civiltà. E fino alla fine si sono sentiti romani, definendosi romaioi. Questa triplice identità dava loro qualcosa di tangibile per cui combattere. Un altro motivo è la cultura strategica di Bisanzio. Al contrario dei Romani, i Bizantini ne hanno fatto un’arte non solo militare da sviluppare, discutere, analizzare, racchiudere in libri. Era estremamente sofisticata».

Quale era il punto forte di questa strategia?
«L’impiego minimo della forza e massimo del cervello per gestire i problemi di sicurezza senza farsi coinvolgere in guerre potenzialmente rovinose per l’impero».

È una strategia simile a quello che i diplomatici americani chiamano “soft power”, contrapposto all’aggressività della guerra preventiva?
«Soft power ormai è uno slogan politico. A Bisanzio invece capivano quali fossero le priorità dell’impero. Per fare un parallelo contemporaneo, non avrebbero impiegato decine di migliaia di uomini per conquistare una provincia come Anbar in Iraq o di Peshawar in Aghanistan – posti inutili dove non ci sono interessi da difendere. Zone turbolente, certo, che i Bizantini sorvegliavano e attaccavano solo quando rappresentavano una minaccia. Ma lo facevano con dei raid veloci e leggeri, riservando il grosso delle loro forze per combattere i grandi poteri: Unni, Avari, Mongoli, l’Impero persiano. Il principio guida di Bisanzio era che l’impero è eterno, mentre i suoi nemici vanno e vengono. Di conseguenza lo sforzo principale deve essere rivolto alla sua preservazione. Fondamentale era prevenire le minacce e contenerle, prima che attaccassero frontalmente l’impero. Un’arma fondamentale era la capacità di identificare i nemici dei propri nemici ed usarli contro chi minacciava Bisanzio».

Sembra di capire che Bisanzio avesse una complessa ed efficiente rete di agenti segreti e diplomatici…
«Bisanzio è la prima potenza della storia che ci ha lasciato la prove dell’esistenza di una struttura di legati che agivano sia come diplomatici sia come 007. Le prime tracce scritte dell’esistenza di popoli come i croati, i serbi e gli ungheresi ci viene proprio dai rapporti che gli agenti bizantini inviavano a Costantinopoli. Si capisce quanta importanza l’impero attribuisse alla conoscenza del nemico. Lo studiavano in maniera obiettiva e attenta. Non solo dal punto di vista militare, ma soprattutto per decifrare la sua cultura e capire come lo si poteva manipolare, persuadere, convertire. Era un’attività incessante e si sposava all’attività diplomatica. Prima capivano i popoli da cui erano circondati, poi li contattavano, consapevoli che il nemico di oggi può essere l’alleato di domani».

Non cercavano a tutti i costi la supremazia militare, dunque, come facevano i Romani?
«La strategia dell’Impero romano cambiò nel tempo, ma rimase ferma l’idea di dover debellare completamente il nemico per poterlo controllare. Bisanzio aveva bisogno di un approccio diverso perché il mondo era cambiato ed era molto più vulnerabile di Roma: circondata da potenziali minacce da tutti i lati, non avevano risorse per debellarle tutte. La loro priorità non era vincere una guerra ma preservare una civiltà».

Oggi il termine "bizantino" è usato per indicare una burocrazia complessa e inefficiente. Da dove viene questa reputazione?
«"Bizantino" è un termine coniato nel XVIII secolo, dagli illuministi. Ma sono stati gli scrittori cristiani dell’Occidente, cattolici, in polemica con gli scismatici ortodossi dell’Est, a dare per primi una connotazione negativa all’Impero bizantino. L’illuminismo poi ha confuso la religiosità bizantina con un oscurantismo che non esisteva. All’ombra di Costantinopoli non ci sono mai stati massacri di religione. I suoi regnanti sono stati sempre rispettosi delle diversità».

Bisanzio dovette anche affrontare un’ondata di jihad. Come la respinsero?
«Quando l’islam è nato, nel VII secolo, ha cominciato subito a espandersi e ha conquistato le province bizantine in Egitto e in Sira. Ma lì Costantinopoli l’ha bloccato. Ci sono riusciti ancora una volta grazie alla loro identità, che era più forte di quella di milioni di arabi infiammati dall’islam. L’identità bizantina era incorruttibile, mentre i generali musulmani arabi potevano essere convinti a suon di monete d’oro a deporre le armi. La strategia bizantina inoltre era superiore. Costantinopoli è stata assediata due volte, ma l’ambizione del califfato omayyade prima e fatimide dopo di conquistarla non si è mai realizzata. Furono i crociati a saccheggiare Costantinopoli. Quello che i turchi hanno preso più tardi era ormai solo la parvenza di un impero».
da New York Elena Molinari. La Stampa 

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